Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

dimanche 27 février 2011

Promenade hors du temps

Du haut de la fenêtre du 3 e étage, dans le logement centenaire de mon grand ami Daniel, j'observe en silence le sanctuaire du St-Sacrement qui niche tout en face. Lors d'un bazar, en 1896, Nelligan y avait récité des vers. Intéressant. J'étais seule, les deux chats dormaient, collés l'un contre l'autre.
En ce beau Dimanche de février, l'avenue du Mont-Royal regorge de passants et je me surprends à imaginer ces femmes aux longues robes, se protégeant du soleil , habillées de leurs ombrelles, les calèches défilant sur la rue de terre battue. J'aime l'époque victorienne et ces maisons aux longs pignons. Sans plus tarder j'enfile mon manteau et descends maladroitement les escaliers extérieurs tortueux, étourdissants, un vrai calvaire... Est-ce possible de concevoir des escaliers de la sorte, aussi à pique. Celui qui les a construits en voulait sans doute au monde entier! Tenant fermement la rampe, j'essaie d'imaginer tous les accidents, au fil des ans, dénonçant tout bas et avec ferveur ce concepteur à la gomme...

L'air est humide et me transperce la peau. Il fait si froid. Février le terrible, quand tireras-tu ta révérence? Je traverse la rue, me dirigeant vers le sanctuaire. Il est assis en indien, au beau milieu du trottoir, face à l'entrée du sanctuaire, presque beau avec sa barbe rousse et ses yeux perçants. Manteau d'hiver, la tête enfouie sous son capuchon, il se balance sans cesse, de l'arrière vers l'avant, les yeux dans le vide. Il a peut-être 30 ou 35 ans. Des vêtements propres et une coupe de cheveux le transformeraient instantanément. Il serait très beau, pourrait être avocat, poète ou fonctionnaire, personne n'en saurait rien et tout s'effacerait l'espace d'un instant, le froid, la douleur, la maladie... Que s'est-il passé, quel drame a bouleversé sa vie, où est-il, à quoi pense-t-il? Il fait si froid. Un drap de plastique épais recouvre son manteau. Quelqu'un l'a mis au monde cet homme. Derrière chaque itinérant se cache une mère, bouleversée et résignée. Pense-t-elle à lui, est-elle en vie, pleure-t-elle en silence cet enfant tant aimé et perdu dans sa folie?

J'entre dans le sanctuaire. Tant de pas franchis ici au fil des ans. Une messe s'y déroule. Les moniales de Jérusalem chantent merveilleusement bien. Mais je me sens bien installée dans mes pensées, trop lucide, tellement que je m'y vois dans une époque révolue. Tout devient sombre. Les murs peints parlent d'un temps qui n'est plus. Y suis-je, où suis-je? Et cette trop grande bouffée d'encens répandue en nuage par le prêtre qui, passant devant moi avec son encensoir, vient redorer le blason du passé. Tant de gens, de fantômes ici, tous disparus. Qui se rappelle d'eux... Et pourtant ils sont bien présents. Suis-je la seule à les voir, les imaginer... Sommes-nous si peu importants en ce monde...

Je quitte le sanctuaire. Lui se balance toujours. Je vois maintenant son capuchon au loin et les gens passer devant lui, se souciant bien peu de son existence. Au volant de ma voiture, j'ose un dernier passage près de lui, par respect, il ne le sait pas mais moi je l'emporte dans mon coeur.

Le parc Laurier est dénudé. Février le terrible... J'y jouais à la pétanque en été, avec Freddy et Claude, le conjoint de mes 20 ans. Longeant la rue Laurier, je m'arrête au coin de Fabre... Il décapait de vieux meubles et en fabriquait, ne s'occupait pas de lui mais avait beaucoup de talent. Il louait le local en bas de chez moi. Maintenant ce sont tous de chics petits magasins coquets, des confiseries, chocolateries. Le temps a eu raison de tous les commerçants de l'époque. Même mon ancien logement a brûlé. Ils en ont fait deux avec un seul. Je ne souhaiterais pas y entrer, préférant garder dans mon coeur les images d'un bonheur passé. Seul vestige demeuré intact , il se dresse , fier, se moquant de tout; le café Les Entretiens y est toujours. On peut encore y rêvasser, gribouiller des vers dans un carnet de fortune...

Je me retrouve sur la rue Cartier. Tiens, je l'aimais ce petit logement où j'habitais seule, pendant mes études universitaires. Pfff... Tout le monde me disait que je n'arriverais pas à joindre les deux bouts en demeurant seule. Je n'ai écouté personne. J'y ai vécu seule. Pour pallier à ma situation financière très précaire, je prenais des sessions à temps plein l'été, ce qui me donnait un surplus de bourse.

Je dois y retourner, simplement pour leur faire honneur, leur dire que je ne les oublierai jamais. J'y suis, dans la ruelle derrière... Mes chats, mes chats... Comme j'ai pleuré ce matin où je quittai Montréal pour Québec. Mes chats de ruelle... Je trouvais le moyen de les nourrir en plus de ma Jasmine, ma princesse toute blanche, ma petite chatte à moi. Il y avait Jim, le roi de la ruelle, maître incontesté, tout sale, ébouriffé, le poil arraché. J'étais sans aucun doute la seule à le caresser celui-là! Puis, il y avait celle que j'appelais "La Petite Fille". Elle avait une patte plus grosse que l'autre. Celle-là, je n'ai jamais réussi à m'en approcher. Il devait bien y en avoir une dizaine sur mon balcon le matin lorsque les chatons de La Petite Fille sont arrivés. Les larmes coulent à flot, mes chats... Puis j'en aperçois un, tout jeune et fringuant, semblant régner en roi sur ce territoire glacé. Des allures et couleurs de mon Jim. Un petit Jim, oui, sûrement, le sang de Jim, j'en suis certaine...

Ouf... Je reviens tranquillement sur mon île et décide de longer la rivière, comme j'adore le faire lorsque le soleil m'accompagne. J'ai soif de chez moi, du présent, la seule sécurité possible. J'aimerais m'y réfugier pour toujours. Je veux retrouver mon chien, mon chat, Yang, ma couverture et les rayons du soleil au travers ma fenêtre afin de m'y baigner, arrêter le temps, qu'il ne soit plus possible qu'il m'échappe.

Je m'arrête à la Berge du Vieux Moulin. En hiver, sur l'Île du Vieux Moulin, on voit mieux ce qu'il en reste. Les arbres dénudés ont eu raison de lui, logeant confortablement dans ses entrailles. Et la petite église, l'autre côté de la rive, y est toujours , m'invitant au recueillement. Jour et nuit, je peux, si j'en décide, venir l'admirer en silence et lui sourire en écoutant le murmure limpide des rapides coulant près des restes du vieux moulin, depuis une éternité.

vendredi 18 février 2011

Le p'tit théâtre du matin

Au matin du 14 février j'avais envie d'un vrai cadeau;

-Mais moi j 'aimerais ça que tu me fasses le petit théâtre du matin...

Et Yang, tout gentil, de me répondre: d'accord...

Tadam!

Mais, il faut que je vous explique. Le petit théâtre du matin fut créé par Yang pour Nanou. Yang prend un ou 2 oursons de Nanou (et Dieu sait si elle en a!), se contorsionne pour ne pas se faire voir au pied du lit puis invente une petite histoire mettant en vedette les dit oursons.

Mais, ce matin, Yang avait décidé d'innover en prenant comme personnage principal Adèle, ma petite chienne, déjà peu réveillée et encore toute chaude, fraîchement sortie des couvertures. Elle n'eut point connaissance de tout le scénario inventé à son insu, ce qui me fit tant rire. Alors, prenant au hasard l'un de mes oursons, voici ce qui en sortit:

L'ourson comédien:

"Bonjour! Mais que vois-je? Un ours polaire!( Adèle). Mais que fais-tu ici? Tu devrais être au pôle nord? Quel est ton nom?"

....

Néant total, Adèle ne répond pas, bien au chaud encore, tout en rond au pied du lit. Alors, l'ourson de répondre:

"Bon, quel est ton nom???? Je pense qu'elle a oublié son texte... Mais moi, je ne trouve pas ça drôle, la première est demain et elle ne connait même pas encore son texte!!! Réalisateur, réalisateur, s.v.p.!"

Le réalisateur ourson s'empresse de venir:

"Oui qu'y a-t-il?"

"Bon. Monsieur le réalisateur, y'a un problème, l'ours ne connaît pas son texte!"

Réalisateur ourson s'adressant à Adèle:

"L'ours, c'est un ordre, dis ton texte!!!!"

Pas de réponse... (Adèle dort toujours en boule au pied du lit, là où Yang l'a posé)

L'ourson comédien:

"Bien moi, je refuse de travailler dans de telles conditions, je donne ma démission!"

Et de voir Adèle dormir sans se rendre compte de quoi que ce soit, je ris, mais, je ris! Quel beau cadeau. Yang est vraiment un excellent improvisateur. D'ailleurs, c'est lui qui donne un nom à tous mes oursons et marionnettes.

________



Le lendemain matin...

Adèle saute sur le chat Jérôme qui a vraiment l'air d'en avoir ras-le-bol...

Nanou:

-Adèle, je trouve que tu es vraiment contrôlante, laisse le chat tranquille, tu ne vois donc pas qu'il veut respirer un peu?

Yang:

-C'est normal, Adèle c'est une fille et toutes les filles sont contrôlantes.

Nanou:

-Et toi, lorsque tu me dis: " Si t'es pas couchée dans 5 minutes, je vais faire dodo dans mon lit, c'est pas du contrôle ça????

- Moi, c'est pas pareil, je suis un gars...


- Veux-tu avoir un bon coup de pied dans le derrière?

-Non, je te remercie, c'est pas nécessaire...

Fin...






Pour Yang



dimanche 13 février 2011

Ce qui réchauffe le coeur

L'âme à la tendresse

Ce soir j'ai l'âme à la tendresse

Tendre tendre,
douce douce
Ce soir j'ai l'âme à la tendresse
Tendre tendre, douce douce





Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse

Vous, mes amis d'hier et d'aujourd'hui

Cette amitié dans la continuité

Un mot, un regard, un silence, un sourire, une lettre...


Françoise, Allen, Claire, Patrick, Kim, Roland, Réjean, Louise

Et tous les autres que je n'saurais nommer

Vous êtes mes havres des soirs de détresse

La goutte d'eau qui fait jaillir la source, ma
lumière

Aujourd'hui pourtant en vain, je vous espère
Que faites-vous j'appelle, je tends les bras
Nos amitiés se sont-elles évanouies ?

Peut-être n'avons-nous plus rien à nous dire, je chavire


Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort

Le désespoir a dit son dernier mot

Permettez-moi de vous aimer toujours

Riches de nos secrets, j'attendrai j'attendrai

J'attendrai, j'attendrai, j'attendrai, j'attendrai

Les amitiés nouvelles



paroles et interprète: Pauline Julien

musique: François Dompierre




Pauline la grande, la magnifique...




Et cet arrangement au piano...

xxx



vendredi 11 février 2011

Un peu de fantaisie

Yang, vous connaissez? C'est mon conjoint.

Je suis devant le miroir à me maquiller...

-Combien de temps passes-tu à t'arranger?

- Je ne sais pas, le temps qu'il faut...


Puis, je regarde Yang, appuyé solidement sur le cadrage de la porte:

-Je ne sais pas ce que ça donnerait si je te maquillais?

-Es-tu folle!!!!

- On ne sait jamais, ça peut faire partie de tes rêves et fantasmes les plus secrets...

- Non. Moi, mon rêve c'est de partir dans l'espace!

C'est pourtant vrai, comment pourrais-je en douter un seul instant! Il se tape au moins une fois par année la série de "La guerre des étoiles" ainsi que des centaines d'épisodes des anciennes émissions de "Patrouille du cosmos" et connais par coeur le film original des années 50 " La guerre des mondes". Mais, tout de même...

- Bon, bien c'est mieux que de rêver de coucher avec la voisine d'à côté!

-Hein, la voisine d'à côté??? Voyons, c'est pas mon genre!

-Pourtant, elle est toute belle et jeune en plus....

-Je te le dis, c'est vraiment pas mon genre.

-Ah bon. Mais c'est quoi ton genre?

-Toi!

Hum, j'avoue que ça flatte un brin l'égo...

_____________



J'entre dans le local de musique de Yang et observe, bien posé sur le bureau, un objet tout à fait hétéroclite au travers les partitions et instruments de musique...

- Mais qu'est-ce que tu fais avec une bouteille de Tabasco vide toute bien nettoyée???

-Ah ça? C'est ma nouvelle "slide" de guitare.

-Une nouvelle "slide" de guitare?

-Oui oui, écoute, c'est pas pire hein?

Tout fier, Yang se met à jouer sur sa guitare, habilement, avec sa bouteille de Tabasco qui, je dois le dire, fait une excellente "slide "de guitare. Je ne m'étonne plus de ses inventions tout à fait charmantes et loufoques. Tiens, ça me rappelle la fois où je l'ai surpris à jouer de la guitare, les deux mains derrière la tête:

-Mais qu'est-ce que tu fais là???!!!

-Ah, c'était juste pour essayer...

Pfff... Il était comme un ado qui essaie d'épater la galerie. Trop drôle quand-même, lui, si réservé et sage... Sage? Hum...

__________

J'étais en train de travailler une nouvelle activité pour les enfants et galopais gaiement. Concentrée en même temps que captivée par cet élan de créativité, je ne remarque pas Yang qui, perché en haut des escaliers, m'observait attentivement:

-Mais qu'est-ce que tu fais là???!!

-Et bien, je fais le cheval et je hennis...

Pas de doute, on semble assez bien assortis tous les deux...