Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

vendredi 10 août 2012

Les élans de Fafouin

Je ne pouvais pas quitter pour la Gaspésie avant de revenir ici sur une note positive.

Mercredi, je suis partie le coeur léger pour aller visiter Fafouin. Et oui, sa retraite sans visite n'aura pas duré bien bien longtemps, il m'a demandé de venir le voir...

C'est agréable de traverser la rive avec un air conditionné qui fonctionne enfin, voyage oblige avec les 2 chiens-chiens et cette canicule qui n'en finit plus!

Fafouin est arrivé en forme et radieux.

-Alors, raconte-moi ta semaine.

-Et bien j'ai terminé mon 6e roman et j'ai recommencé à me faire des muscles. Mon compagnon de cellule et moi, on s'encourage. Tu savais que c'est celui qui a eu un accident de voiture il y a 2 semaines et dans lequel son meilleur ami est mort?

-Oui. C'est celui qui a 20 ans?

-Oui. Tu as lu dans le journal?

-Oui. Ça ne doit pas être facile. Comment s'en remet-il?

-Pas si pire maintenant mais pas au début...

Mon fils a pris la décision d'arrêter de fumer et porte des patchs.

Et Fafouin de continuer:

-Je me suis inscrit à 2 cours , ça passe le temps.

-Raconte un peu!

-Et bien le premier c'est un cours sur les conséquences de la consommation, c'est une heure par semaine. L'autre cours porte sur la dynamique de la violence, c'est 2 heures par semaine en après-midi.

-Wow, mais ce sont de bonnes nouvelles ça! Et ce sont des hommes ou des femmes qui donnent les cours?

-Des femmes, et elles sont belles en plus!

-Une motivation pour continuer alors! Tu vas sans doute apprendre beaucoup. Bravo, ce sont de bonnes nouvelles ça mon garçon, je suis vraiment fière de toi! J'ai un petit quelque chose juste pour toi...

J'avais pris la peine de recopier le texte que j'avais composé dans mon dernier billet. On a toujours besoin d'encouragements dans la vie, peu importe où l'on vit, où l'on est rendu. Je posai la feuille contre la vitre afin qu'il puisse lire. Son sourire en disait long...



Une mère demeurera toujours une mère
Les bras tendus, dans un amour innommable, éternel.
L'envie de porter sur son coeur
Sans jugement, jamais, cet enfant
Dont on connaît les grandes qualités de coeur et d'esprit
Celui qu'on a lu, dès la naissance
Et en qui on croit, très fort et pour toujours...



-Merci beaucoup maman...

 Nous nous sommes quittés comme toujours avec quelques grimaces et un bizou au travers la vitre.
Des moments heureux, il y en a plein, il y en aura d'autres. Ce ne sont pas les vitres des parloirs qui vont m'arrêter, je vais les dompter...

Alors voilà pour cette semaine. Je pars vers la Gaspésie la tête tranquille. À nous le fleuve, le golfe St-Laurent et la mer! Je vous revois au retour.

Bizous à vous tous et un immense merci de votre fidélité xxx









dimanche 5 août 2012

La cloison des souvenirs

Mercredi dernier, en me rendant au centre de détention, je n'étais vraiment pas d'attaque. Une tension désagréable au niveau du cou m'empêchait de ressentir mon aplomb. Que se passe-t-il, dans quel état est-il...

______

Il y a 2 semaines, lorsque Vé m'accompagna et qu'elle n'a pu entrer, faute d'avoir ses pièces d'identité, je pensais le retrouver complètement écroulé.  Mais non, il avait pourtant pris la chose comme un grain de sel:

-Tu lui diras qu'elle est nounoune d'avoir oublié ses pièces d'identité mais que je l'aime quand-même..."

-Où est-elle maman?

-Elle est là, juste derrière toi dans cette petite bâtisse.

 Lui avais-je répondu, rassurante, le sourire en coin.



Il se retourna et cela lui suffit 
À retrouver son équilibre
La présence de l'être aimé
Là, tout proche, à seulement quelques mètres
Suffit à apaiser les coeurs meurtris
Qui s'aiment malgré tout
Les yeux sont tellement aveugles...



Puis, mon fils me raconta de quelle façon il s'y prenait pour taquiner sans malice les nouveaux venus en les piégeant. Il m'a bien fait rire. Je reconnaissais en lui son côté farceur et rieur et, quelle joie, je retrouvais mon Fafouin.




Et il était heureux, oui, cela se peut fort bien... 
Sa mère l'était aussi. 
Ils avaient le droit d'oublier les cloisons qui les séparaient
Et  se sont donnés l'ouverture de le faire
 Sans reproche, sans culpabilité. 
Pourquoi faudrait-il toujours pleurer et souffrir? 
Le chemin du bonheur se trouve souvent là
Où personne n'aurait pensé le trouver.

____________

Alors donc, ce mercredi comme toujours, je tâche de faire rire un des gardiens avant de passer le détecteur. Faut bien brasser un peu cette atmosphère austère. M'adressant au gardien debout:

-Mais vous êtes donc bien grand vous!!!

Et le gardien assis, de répondre;

-Oui, et en plus, moi je suis grand et lorsque je suis à côté de lui, j'ai l'air d'un nain!



L'humanité est ainsi faite
 Dès qu'on retire les conventions 
Et qu'on demeure vraiment sincère et vrai
 L'atmosphère se détend 
Puis, le bonheur se ressent à l'intérieur de chacun
 N'est-ce pas merveilleux?


Je longe le petit chemin extérieur menant aux parloirs. la chaleur extérieure était sufoquante.

Arrivée à destination, le gardien présent me dit:

-Je vais vous donner le no 7, vous allez être plus tranquille.

-Merci beaucoup...

Fafouin arrive, contrarié...

-Est-ce que t'as rejoint Vé avant de partir?

-Non, j'ai laissé un message vocal et un message texte mais sans réponse.

-Elle se crisse de moi...

-Bien moi je ne suis pas de cet avis Fafouin. T'es-tu  posé la question que, peut-être qu'elle n'est pas réveillée encore? Elle consomme beaucoup. Cela est fort possible, ne crois-tu pas?

Mes paroles se voulaient encourageantes et sincères.

-Bien moi je pense qu'elle s'en crisse. C'est de ma faute, j'ai couru après, je l'ai abandonné...

Je ne savais trop quoi lui dire, sentant qu'il était en réflexion, je le laissai parler...

-Maman, je vais retourner dans ma cellule. Je ne veux plus que personne vienne me visiter, ça me fait trop de peine et je n'appellerai plus personne. Il faut que je travaille sur moi-même...

Nous sommes restés un moment ainsi, sans parler. Lorsqu'il me parle, il doit se pencher vers l'avant,  je vois alors ses deux rosettes derrière sa tête, mon enfant.... Mon ventre crie, chaque fois. J'ai l'impression d'être dans un cauchemar, cela peut-il être possible? Mon enfant, mon bébé, en prison...


Une mère demeurera toujours une mère
Les bras tendus, dans un amour innommable, éternel.
L'envie de porter sur son coeur
Sans jugement, jamais, cet enfant 
Dont on connaît les grandes qualités de coeur et d'esprit
Celui qu'on a lu, dès la naissance 
Et en qui on croit, très fort et pour toujours...



-Bon, je m'en vais là. Je t'aime maman...

Je suis restée là, brisée. Je sais que ses paroles ne sont que positives et remplies d'avancement.

Pourtant j'ai si peur de ne plus jamais le revoir. Et s'il commettait un geste irréparable, par douleur, comme il a déjà voulu  faire...

Les vitres du parloir ont éclaté en mille miettes. Je cherchais un refuge que je ne trouvais que difficilement, coincée entre ces 2 séparateurs et la baie vitrée, mon fils disparu. Il me fallut un bien long moment pour sécher mes yeux. Puis, je suis partie. Tout au long du chemin du retour,  dans la voiture, je ne pus contenir ces larmes qui coulaient à flot.


Mon fils, tu n'es pas loin
Je calcule la distance
Une rivière seulement nous sépare 
Peut-être n'ai-je pas assez prié? 
Tu la vois là, la petite église 
De l'autre côté de la rive? 
J'irai me fondre en prière 
Et t'enverrai le meilleur de ses retombées
 Le meilleur, je te jure.