Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

samedi 22 février 2014

L'empreinte

Je me sens comme une débutante qui revient de loin, toute penaude, croyant fermement qu'elle ne réussira pas à dire, après tout ce temps de silence. 

L'exercice d'écriture m'a fait défaut, en même temps qu'il m'a terriblement manqué. 

Moins on écrit, plus les mots semblent nous échapper, comme la douce mélodie inconnue, écoutée quelque part, avec passion, qu'on aurait dû noter là, au bon moment,  tellement on l'aime et qu'on n'a pas fait. Zut...Vilaine fille.

Je devrais suivre l'exemple de Femme Libre et écrire tous les jours. La rigueur, vive la rigueur, celle qui nous donne de grandes ailes en finale. C'est tellement naturel et aisé pour moi en musique, léger et simple pour elle en écriture. J'admire sa constance. 

L'excès d'écriture n'a jamais tuer personne bien au contraire, et en prime, donne des ailes et une âme aux mots qui se mélangent exactement là, à la seconde près, à nos propres pulsions et sentiments  intérieurs, lorsque le tout est bien branché et ça, c'est une grâce, oui. Je ne peux pas écrire sans vivre cela.

Le centre de détention de Bordeaux peut devenir radieux à tout moment. Tout dépend de soi. Oui, on ne le répétera jamais assez: chacun possède tous les pouvoir, y compris celui de transformer les moments les plus affreux en instants agréables et des plus heureux. Je peux affirmer en toute bonne foi qu'ils resteront  pour moi heureux, pour toute la vie, oui, pour toujours.

Lorsque je mets les pieds là, ils sont tous polis ces gardiens, gentils, souriants et agréables avec moi. J'apprécie tellement.

- Maman, je comprends pas. Lorsque ma blonde vient me voir, elle dit qu'ils sont tous bêtes avec elle.

-Je pense que c'est une question d'attitude intérieure. Si elle se sent en paix, heureuse, ouverte et sans préjugés face à eux, je pense qu'ils le sentiront et seront agréables avec elle.

Il ne semblait pas certain de bien comprendre. Pas grave. Un jour, il comprendra. Moi je sais que c'est du fond de nous que ça part, pas ailleurs. On ne peut changer que soi-même.

Le centre de détention de Bordeaux, bien je l'ai vraiment tué, assasiné, parce que je l'ai décidé, point. Fini les larmes, les pleurs à n'en plus finir. J'en ai fait mon allié, un lieu de sérénité, de paix et d'amour. Peut-être que ça se sent au fond. Les gardiens sont gentils et d'une politesse avec moi, c'est comme une petite fête à chaque fois, oui, c'est ça, une petite fête et j'ai bien l'intention que ça demeure ainsi. Je trouve ça bien agréable les petites fêtes remplies de sourires.

Fafouin aura finalement sa sentence le 25 mars prochain. Entre-temps, la vie coule comme elle doit couler, nourrie de mes passions, ma musique, mon fils, mon conjoint, ma famille, mes petits enfants, mes amours, mes amis et tous ces petits imprévus qui rendent la vie, ah... comme ça, belle, si magnifique...

Hier, ils me souriaient encore, à fendre l'âme. Faudra que je leur dise la prochaine fois, que je les apprécie beaucoup, vraiment, ces gardiens de Bordeaux.

On peut transformer un parloir désuet et traumatisant en un endroit de mille éclats de rires.

Aujourd'hui, ce fut la fête avec Fafouin. Des souvenirs comiques et cocasses furent transformés en confidences de maman au vécu d'adolescente et jeune adulte troublée, complètement perdue et perturbée, absolument imparfaite et consommatrice de n'importe quoi. Un soulagement pour moi et une confiance indéfectible en mon fils. Il l'a senti, et moi, j'éprouvais le besoin et l'honnêteté pressante de lui confier mon imperfection.

Nous nous sommes compris. Je sentais qu'il savait que cela ne faisait qu'un temps, que les pires folies passent...
Oui oui je sais, il ne reste que 10 minutes à notre entretien, le petit billet de la gardienne de prison me l'indique. Alors, on se charge de les rendre les plus radieux et agréables possibles ces 10 minutes. Quelle chance, sans cela on ne saurait jamais tout ce qu'il reste de si intense et important dans l'empreinte vivante de nos mains collées contre la vitre. Je t'aime maman... Je t'aime Fafouin....