Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

dimanche 23 mars 2014

Bénie des dieux et réflexions

Hier matin c'était la présentation des performances musicales de mes petits bouts de chou de 4 ans devant leurs parents. J'ai pris l'habitude de louer la sacristie de l'église tout près de chez moi pour l'occasion et comme toujours j'ai les mains pleines; valise d'instruments de musique, marionnettes, matériel audio, castelet. Un sprint pour mettre le tout en place et fonctionnel.

Je me stationne juste devant la porte où se trouve les escaliers menant au local; plus pratique. Avant d'ouvrir mon coffre arrière, je trébuche sur un véritable miroir de glace et par miracle je demeure sur mes deux pieds alors que, de toute évidence et selon mes calculs, j'aurais dû en réalité atterrir sur le dos en me fendant le crâne! Lorsque je tente d'ouvrir la porte d'entrée, elle est barrée. Pas de sonnette... Je dois donc faire le tour de l'église pour sonner au presbytère. Sprint no 2 en courant...

Et, le sourire fendu jusqu'aux oreilles:

-Bonjour monsieur le curé comment allez-vous? Non, ne regardez surtout pas ma botte droite; je sais, elle est délacée mais je vais faire attention, je ne tomberai pas!

-Je suis content de vous voir Mme Nanou. Toujours fidèle à vous-même!

-Ah bon, que voulez-vous dire?

-La jeunesse!

Hum, bien tiens je le prends ce compliment ce matin...

-Et bien merci, vous faites ma journée là!

Mes petits poussins d'amour ont bien fait ça, de vrais champions. Je les aime tant ces petits...

Lorsque vient le temps de repartir chez moi, c'est la grosse tempête. Wow, tout un défi, surtout que je sais bien qu'il y a de la glace sous cette neige. Pratico-pratique, je fais ni un ni deux et décide de rentrer ma voiture directement sur le grand trottoir près de la porte. Par contre, je n'avais pas réfléchi à l'étroitesse entre la porte de la voiture et le gros banc de neige juste à côté. Comment vais-je faire pour me faufiler là-dedans? Chirurgie... Mon théâtre de marionnette sous un bras, je me faufile délicatement afin de me donner l'espace nécessaire pour ouvrir la porte et hop, un petit miroir de glace. Je les attire ou quoi! Cette fois-ci c'est vraiment en pleine face que j'aurais dû tomber mais non, je suis restée debout, encore une fois! Bénie des dieux me dis-je en moi-même...

Au retour, pour prendre le reste de mes bagages, je vois monsieur le curé derrière la porte qui veut me dire bonjour. J'accours au devant de lui et me voilà qui pique direct à genoux dans l'escalier, les deux mains nues, enfoncées dans la neige. Oh boy...  Bien la voilà la 3e fois, fallait bien que ça arrive!

- Je suis en train de vous faire une belle génuflexion, vous ne pouvez pas demander mieux!

-Vous êtes-vous fait mal?

-Non, pas du tout!

Puis, je me relève en vitesse et décide de terminer avec deux petites révérences, une avec le pied droit  et l'autre avec le gauche. Faut bien rire de soi un peu, ça fait du bien! Tout compte fait, en additionnant mon message téléphonique laissé  par distraction  à ma comptable plutôt qu'au plombier afin qu'elle vienne débloquer mon évier de cuisine, ça vient clore ma semaine de gaffes.


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Il m'arrive de me demander comment je me sentirais  si un de mes lecteur avec qui j'ai tissé des liens solides au fil des ans et qui demeure loin partait. Je pense à Nanoubis qui vit cette situation présentement... Les blogues ne sont pas éternels, les lecteurs non plus, pas plus que ceux qui écrivent. C'est pas parce qu'on écrit qu'on va y être demain, pas plus que ce lecteur qui vient me lire fidèlement.
J'espère que vous allez bien tout le monde... J'en profite pour vous dire que je vous aime et vous apprécie vraiment tous. Prenez soin de vous...

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C'est souvent dans la perte que l'on rend  la valeur aux choses. En même temps, paradoxalement, dans la perte et la douleur se trouve toujours un certain calme, un souffle de vie intérieur, indéfinissable, celui qui fait qu'on repart avec un cadeau, un genre de bonus; celui d'emporter avec soi ce qu'il y a eu de meilleur chez l'autre. C'est comme un petit miracle ça, faut savoir reconnaître et apprécier.

"Au centre de nous-même réside une paix 
que rien ne peut altérer.
Entrer quotidiennement en contact
Avec ce lieu de repos
Et d'énergie toujours présent
Est un devoir qu'une pratique régulière
Transformera rapidement en plaisir"

De même, dans la vie, si on prend la peine d'apprendre à regarder et sentir avec autre chose que sa tête, il n'existe ni bien ni mal, pas plus que d'événements de vie heureux ou malheureux, que de multiples fragments d'expériences qu'on a le devoir de transformer en séquences de vie positives et heureuses puis, qu'on range là, dans son coeur.

"Regarde l'événement venir à toi
Et rends-le heureux
Envers et contre tous "

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Tiens, j'aurais pu détester le feu, m'en faire une véritable phobie et un ennemi redoutable, parce que mon père, en état de psychose, jetait tout dans le feu; des casseroles, des vêtements, des vinyles, tout y passait. Il a même fait flamber le beau  grand saule  pleureur dans notre cour arrière et un hôtel à Québec. Et lorsqu'à la maison, on perdait quelque chose qu'on ne retrouvait plus jamais finalement, on avait l'habitude de dire d'un ton résigné: " Bon, ça doit être parti dans le feu!" Et pourtant, aujourd'hui, je l'adore ce feu moi, celui qui crépite dans l'âtre de la cheminée, apaisant et sécurisant, un vrai allié quoi.

Hier soir, je sirotais un petit verre de vin, emmitouflée dans mon châle, devant la chaleur des flammes. Dans le froid fébrile de cette tempête qui s'apaisait, j'y distinguais au travers la fenêtre l'ombre sombre des sapins tout enveloppés de blanc à la lueur d'un ciel épais de couleur, presque mauve finalement. J'avais devant moi un tableau d'une grande beauté. Admirant ce chef d'oeuvre et le silence velouté qui m'accompagnait, je me disais que j'étais vraiment heureuse...


samedi 15 mars 2014

Un rayon dans la pénombre


C'était il y a  30  ans...

Souvent, entre deux examens ou deux pratiques, nous prenions plaisir à nous taquiner, rigoler, savourer le moment présent. Lui, totalement léger, pur, rêveur... J'étais celle qui le ramenait. Tiens, un jour, nous étions à la musicothèque:

-Qu'est-ce que tu fais Nanou?

- J'écoute une dernière fois mes auditions.

-Ah...

-Et toi?

-Bien je pense que je vais moi aussi m'y mettre au moins une fois avant l'examen.

- Quoi, t'as pas préparé tes auditions???

-Non...

-Mais tu vas couler ton examen!!!

Alors, avec ce petit rire sympathique qui lui allait à merveille et son accent vietnamien, Anh m'avait lancé:

-Oui je sais mais je l'avais complètement oublié cet examen...

Alors je m'éclatai de rire!


Ces auditions... On en avait pour des heures, des dizaines et des dizaines d'oeuvres à écouter! J'adorais ça. C'est plaisant étudier en écoutant de la musique. Pendant l'examen, les pièces musicales étaient mises au hasard et jamais au début. Je regardais Anh écrire les réponses sans trop savoir, désespéré. C'était à la fois drôle et pathétique!


Combien de fois Anh est-il venu frapper à la porte de mon local de pratique, insistant et toujours chaleureux: " Aller, viens prendre un bon croissant sur St-Denis!" L'important pour lui était l'instant présent. La tentation était si forte mais je résistais, souvent... Comme j'aurais secrètement souhaité à maintes reprises sombrer dans le doux rêve et me désister de mes obligations, tellement son charme pur et innocent m'interpelait... Et je m'entendais lui dire: " Anh, je ne peux pas là mais, ce week-end si tu es libre, j'aurai tout mon temps et nous pourrons parler et rire à notre goût?"


Il me recevait avec ses sandales asiatiques, les pieds couverts de bas blancs. et semblait si confortable. Chez lui, l'éclairage avait l'allure d'une tendre fête magique, une lueur à la fois chaude, sombre et douce inondait la pièce comme nulle part ailleurs, si divinement parfaite. Ça sentait le poulet au curie. Il me mijotait de succulents repas avec calme et générosité. À quel point la qualité de sa personne m'enrobait  de sa chaleur sécurisante et si réconfortante, on n'a pas idée.... Anh l'unique, Anh le pur, mon ami.

J'avais beaucoup de talent certe mais lui était tout simplement génial. Au delà de tout, je l'aimais pour ce qu'il était; généreux, spontané, spirituel, bon, attentionné, pur, à l'écoute, vrai, passionné. Combien de fois nous nous sommes retrouvés seuls dans l'univers à réinventer le monde, entourés de chandelles disposées avec soin, inondés du parfum subtil de l'encens, la tête posée sur les coussins de repos:

-Met ta tête là, ça va te faire du bien...

Un soir, calmement, la tête bien posée au creux du coussin, je lui demandai:

-Anh, joue-moi quelque chose d'apaisant...

Alors, tout naturellement, il se mit au piano et m'interpréta une pièce sublime que je n'avais jamais entendue auparavant. Et moi qui pensais connaître Brahms... pfff... J'écoutais en silence, dans ce moment de grâce, les notes déposées avec toute l'élégance que je lui connaissais. J'aimais le voir jouer, si beau dans sa musique... Cela me subjuguait, me dépassait, il était l'âme de cette musique.

Alors voilà... La musique a de ces pouvoirs qui demeurent à jamais soudés dans le temps, conservant la magie d'un réel bonheur passé, transporté dans l'immédiat lorsqu'elle revient nous visiter.

Anh, mon ami, tu me manques tant...

Johannes Brahms

Intermezzo opus 118 no 2