Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

vendredi 26 septembre 2014

Méchant dialogue...

Il fait si beau et chaud aujourd'hui, c'est merveilleux. J'aime cette chaleur, un petit regain de vie avant l'humidité froide de l'automne ça fait un bien fou. En plus, je vais rendre visite à mon fils et ça, c'est un pur bonheur, toujours.

Centre de détention de Bordeaux...

Je tiens à le dire encore, à part un certain préposé maudit à qui je n'adresserai plus jamais la parole, tout le monde est vraiment gentil, si gentil avec moi. C'est comme s'ils comprenaient ce que je vis comme parent, avec plein de tendresse dans le regard. Je les sens, et ça fait toujours un bien grand baume sur mon coeur. Alors, je leur souris, intensément et sincèrement, avec toute ma gratitude, et je leur dis toujours merci,  un merci grand comme la terre.


Je traverse la grande cour intérieure où je m'exerce encore une fois à ne pas trop regarder toutes ces fenêtres couvertes de barreaux de fer, là où mon fils vit. Bien, bien, ça ira bien...

Je m'installe au parloir qu'on me désigne et attends  mon fils.  

Dans le parloir juste à côté du mien, il y a un jeune homme, tout au plus 20 ans, efféminé et gesticulant. Sur le coup, je croyais qu'il s'adressait à son frère mais je me suis trompée, c'est plutôt son amant. Je n'ai aucun préjugé. Ce n'est pas tant ce qu'il est comme personne mais, le langage qu'il utilise. Et, dieu sait  à quel point tout est écho dans les parloirs de Bordeaux:

"T'es rien qu'un osti de chien sale!!! T'as couché avec lui et en plus, tu l'as payé 2000 dollars pour coucher avec lui!!!! Pis le pire c'est que moi je couche avec toi pis je te demande jamais rien!!!!"

Bon. Je me cache les oreilles. Ce langage cru, c'est si dur, si loin de moi, tellement pas mon monde. Et le jeune le répète sans cesse, et de plus en plus fort. Pire, je comprends sa douleur au jeune parce que je me mets dans sa peau. On se calme, tout va bien aller. J'ai tellement hâte de voir mon fils... Le jeune homme quitte avant que Fafouin arrive. Libération. 

Il est si beau mon garçon et me semble toujours très serein. Je lui raconte ce que je viens t'entendre. Alors, il commence à me raconter avec le sourire en coin:

-Ah! Pas ces deux-là! Ils ont fait jaser beaucoup à la rencontre-contacte. Les gars m'ont raconté qu'ils n'arrêtaient pas de se sortir la langue! En plus, son chum en détention m'a emprunté un de mes chandails pour essayer de rendre son copain jaloux. Puis, l'autre jour, il s'est essayé avec moi en me disant: toi le jeune je te ferais pas mal. J'ai arrêté ça là assez vite en sortant ma grosse voix: Aye toi, arrête-moi ça tout de suite, t'as compris? Puis, il m'a dit en gesticulant: bin non, tu sais bin que je ferais jamais ça voyons, je me ferais battre tout de suite!

Mon fils était tellement drôle, il excelle dans les jeux de rôle et imitait l'autre à la perfection tout en racontant son histoire. Puis, je lui ai raconté que j'avais vu un video sur Utube montrant 2 paires de poumons, ceux d'un non fumeur et ceux d'un fumeur. Avec un genre de tuyau, les hommes de science mettaient de l'air dans les poumons. Les beaux poumons roses se gonflaient à la perfection. Les poumons de fumeurs tout flétris se gonflaient à peine. Je faisais la démonstration à mon fils en gesticulant, comme un petit poulet qui avait perdu ses plumes. C'était maintenant nos rires qui résonnaient dans la salle, ça faisait tellement de bien. J'aime cette belle complicité que nous avons, mon fils et moi. Ca vaut de l'or.

Puis, ce fut le temps des confidences, l'inquiétude qu'il a pour son amie de coeur. Il souhaiterait qu'elle arrête de danser, il a toujours peur pour elle. Et elle, elle s'inquiète de savoir si leur belle relation va fonctionner lorsqu'il quittera le centre de détention. J'aimerais aussi qu'elle arrête de danser mais on ne peut forcer les choses et décider à la place des autres. Fafouin le sait. Mais peu importe la situation et le contexte. Cette fille est belle, brillante, je sais qu'elle va s'en sortir un jour. Puis, j'aime que mon fils soit aimé, c'est si important de se sentir aimé. Elle est fidèle au rendez-vous, à toutes les semaines, depuis plus d'un an.

C'est l'heure du départ, sourire heureux de mon fils, quelle belle rencontre encore une fois. Bizous au travers la vitre et mains collées. Je t'aime maman...

Du coin de l'oeil, je regarde partir ce bel homme qu'il est devenu. Mon fils, mon enfant, je t'aime tant mais tant...





mardi 9 septembre 2014

Tout m'aime

Aujourd'hui
La pluie fine me regarde et m'aime
Toutes les pluies fines
Des montagnes et du firmament m'aiment

Gênée et à la fois reconnaissante
De tant de générosité
Je me laisse séduire
Et la brume dévoile à peine, si discrètement
L'ombrage de cette île tout en bas

Fines et fines
Et belles et fraîches gouttelettes...
Et toi qu'attends- tu pour aller danser
Tout en elles et les goûter entièrement?

Puis, en un laps de temps infiniment petit
La brume s'est transformée
En plus de brume que brume
D'un épais nuage blanc étanche
Ne laissant aucune chance de voyance

J'adore tous les visages en ce paysage
Que j'épouse parfaitement
Cette Terre nous dit
Qu'elle peut à tout moment
Nous surprendre et se transformer
Plus grande, plus forte que tout
Franche, droite et dure à la fois.
Le retenir et de ne point l'oublier


Il arrive que la brume dévoile
L'image de ce qui se passe au loin
Faut être particulièrement attentif
Lorsqu'elle se déshabille un peu
De son voile épais

Je perçois, depuis la petite route au loin
Une voiture, au soir, timidement s'y aventurer
En son courage, elle est habile
En grande habituée qu'elle est

Puis, la brume
Me fait complètement aveugle
S'amusant de tout son fou
À me faire imaginer ce chemin
Maintenant inexistant,
Perdu dans le blanc
Sans voitures et sans rien

Et, parce qu'il y fait à présent si noir
L'ombre des arbres au loin
Se dessine au crayon gras,
En des contours si parfaits...
L'ombre des arbres tout noir
Quelle merveille….


M'y aventure en ce chemin
Laines au vent
Et je prie qu'on me laisse
Capter une seule image en moi
L'unique 
Qui me gardera en vie
Pour toujours...

Les Éboulements, juillet 2014