CROIRE QUE LES CHOSES SE PRODUISENT TROP LENTEMENT OU TROP VITE EST ILLUSOIRE. LE SYNCHRONISME EST PARFAIT. CHAQUE CHOSE ARRIVE TOUJOURS EN SON TEMPS... RIEN NE NOUS ARRIVE QUI N'AIT D'ABORD ÉTÉ SENTI ET PENSÉ. POUR CRÉER LE FUTUR, IL FAUT Y CROIRE SANS RÉSERVE.


Auteur inconnu

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vendredi 19 août 2011

Un été de vie et d'amour

Après avoir été si peu présente pendant ces deux derniers mois d'été, je ne savais trop de quelle façon revenir, ni trop comment intituler ce billet. Représentons-le donc dans toute sa plénitude et dans ce qu'il fut tout entier et sera sans doute encore fort longtemps.

Un été de vie, rempli de mes amours, de mon Yang, ma soeurette adorée, ma maman, mes amies, mon fils, sa petite amie. Le bon vin, l'eau dans laquelle on peut aisément plonger, se rafraîchir et se purifier, oui, pour moi, se purifier, un bonheur innommable. La senteur brute et animale des champs sauvages mêlées aux grillons dans ce qu'il y a ici de plus "été", comme j'aime et en suis éperdument amoureuse... Ce même été où j'ai aspiré et senti avec secousses ,toute entière à elle, l'effluve subtile des champs de camomilles en plein soleil, car c'est à ce moment qu'ils embaument le plus, n'est-ce pas... Et lorsque, prenant le volant, leur odeur virevoltait dans la voiture , me rendant complètement folle de leur générosité , toute baignée dans ma liberté, le bras gauche à l'extérieur de la fenêtre, au vent frais de mon été , fouettant mon bras dans un mouvement subtile de va et vient, quel senti de vie... la voilà, la vie...

Du déménagement de mon Fafouin dans son logement jusqu'aux moments magiques face au Mont Ste-Anne, à Beaupré, avec ma grande, mon unique, Bouda, ma tendre amie d'enfance ... Toujours intenses et magiques nos retrouvailles annuelles. Nous nous aimons tant, nous nous aimerons toujours. Notre relation ne peut se définir. Comment dire... Elle est et je suis pour elle le témoin vivant du déroulement de ma vie et de sa vie, le seul, l'unique témoin. Elle a tout vu, tout vécu, tout senti avec moi, au fils des années et moi de même. Un sacré privilège, j'en suis consciente. Nous avions 7 ans lorsque nous nous sommes soudées et jamais plus séparées par la suite. Notre chemin de vie fut si différent et toujours nous nous sommes retrouvées et...respectées. Jeunes, nous avions une admiration sans borne l'une pour l'autre. Chacune voulant imiter l'autre tout en étant incapable de le faire. Elle est artiste peintre, je suis musicienne. Nous nous comprenons si bien... Deux passionnées sans limite! Mais que suis-je entrain de dire.. L'un ne va pourtant pas sans l'autre, un passionné ne connaissant jamais de limite...

La suite prochainement...


mercredi 6 juillet 2011

Briser le silence

le cardiologue Guy Turcotte est criminellement non responsable du meurtre de ses deux enfants. Le jury en a décidé ainsi...

Je peux vous assurer sans l'ombre d'un doute que j'aurais été une bien piètre jury dans cette histoire tout à fait monstrueuse parce qu'elle a réveillé en moi des souvenirs douloureux, mêlés d'injustice, de colère, de frustrastions et d'impuissance extrême. Cette tragique saga a fait réagir tout le Québec. Alors, imaginez pour ceux et celles qui vivent de telles horreurs, ces petites victimes puis, ceux et celles qui restent...

Je demeure avec un goût très amer, me sens extrêmement triste, parce que les lois ici au Québec ne permettent ni d'aider ou même de sauver les victimes, pas plus que d'intervenir rapidement lorsqu'une personne souffre de troubles mentaux. L'intervention se fait en dernier recours, lorsque la personne intente à sa vie ou, lorsque le mal est fait. Entre les deux, rien ne permet d'entreprendre quoi que ce soit pour éviter qu'un malheur d'une telle ampleur se produise. Et ça, c'est inacceptable et tout à fait révoltant ...

Parallèlement, on nous demande de dénoncer la violence. Je l'ai fait, il y a 5 ans, pour protéger mon adolescent. Oui, j'ai porté plainte contre le père de mon fils pour violence envers ce dernier.
Bien que le père eut admis ses gestes, il a été acquitté. Pourquoi? Parce que mon fils a refusé de le dénoncer personnellement et, à 14 ans, on a le droit de le faire et rien ni personne ne peut faire quoi que ce soit. Le papa a donc pu, tout à fait librement par la suite, continuer à détruire, et physiquement et psychologiquement mon fils, sans que personne ne puisse intervenir, à part mon fils... J'avais beau l'informer, lui répéter que c'était inacceptable, que le geste était criminel, que personne n'avait le droit de le détruire ainsi ou de le blesser physiquement. Rien n'y faisait.
Son père aurait pu depuis longtemps aller consulter. C'était sa responsabilité de le faire. Il ne l'a pas fait. Les ravages ont été énormes. Mon fils devint complètement dysfonctionnel, aux prises avec de gros problèmes de drogue et d'alcool, a volé, fut incarcéré. Nous ne faisons que commencer à ramasser les pots cassés maintenant qu'il approche la vingtaine. Heureusement, il est fort et courageux ce beau jeune homme. Un jour à la fois. Ce que le papa a fait est criminel, un crime non puni.
_______

Il y a tout près d'une trentaine d'années, un homme souffrant de mal bipolaire a laissé son travail et, en phase maniaque, a voulu brûler les documents dont il ne se serviraient plus jamais. Dans la chambre où il logeait se trouvait un vieux foyer non fonctionnel. Malgré les avertissements du propriétaire des lieux, l'homme a quand-même mis les documents au foyer et mis le feu au bâtiment. Par sa faute, une jeune femme de 24 ans est décédée. Elle avait le même âge que moi. Cet individu fut arrêté et traduit en justice pour négligence criminelle entrainant la mort puis, acquitté pour aliénation mentale. Cet homme c'était mon père.

Lorsqu'il est décédé en 2005, j'ai pris le temps de sortir les journaux de l'époque, regardé les photos, tout relu en tremblant, puis, j'ai tout fait brûler tranquillement, dans mon foyer qui représente pour moi un havre de paix. Je ne ressentais plus le besoin de conserver ces anciens articles pour me rappeler car les images, les sensations, sont encore bien présentes et ne me quitteront pour ainsi dire jamais.

À l'instant où je vous écris, je vois parfaitement bien le visage de cette belle jeune fille remplie d'avenir, ayant toute la vie devant elle, comme moi à l'époque. J'en ai voulu terriblement à mon père, je lui en veux encore... Je ressentais la mort de cette jeune fille comme s'il avait tué sa propre fille, comme s'il m'avait tué. J'étais dans une colère telle et le simple fait de me rappeler cet incident ramène mon corps dans le même état. Je me sens gonfler de l'intérieur, des picotements intenses insensibilisent tous mes membres, je ne le sens plus ce corps. Mais, je vais m'y rendre, ça va, parce que, jeune enfant, j'ai tant souffert de son incapacité et manque d'intérêt à se prendre en mains , parce que c'était sa responsabilité de se soigner, parce qu'il savait qu'il devait prendre sa médication et qu'il ne l'a pas fait et ce, à maintes reprises et parce que, cette fois-là, une jeune fille est morte à cause de lui.

Je pense que chaque être humain a le devoir, la responsabilité d'aller consulter, lorsque ça ne va pas bien dans leur tête. Lorsqu'on a entre les mains la vie et l'équilibre de petits enfants on ne peut pas se permettre cet écart et ce, par respect et amour pour eux. Le père de mon fils ne l'a pas fait, mon père ne l'a pas fait et... Guy Turcotte ne l'a pas fait. Les deux premiers ont pu continuer à vivre en toute liberté alors que d'autres personnes ont été détruites par leur faute.

Guy Turcotte pourra sans doute retrouver sa liberté sous peu. Rien pour protéger les victimes pas plus que des mesures claires mises sur pieds pour s'assurer que les gens souffrant de problèmes de santé mentale seront en sécurité, ne porteront pas atteinte à leur propre vie ni à celle d'autrui.

Je souhaite sincèrement que l'issue surprenante de ce procès puisse enfin faire soulever les bonnes questions afin que les lois soient révisées, modifiées, une fois pour tout et ce, vraiment dans le meilleur intérêt de chacun.

En ce moment, mes pensées sont pour Anne-Sophie et Olivier et la maman des enfants...







Anne-Sophie et Olivier Turcotte
XXX


"Vos vies ont été volées et votre présence auprès de moi trop courte. Je me demande pourquoi des choses comme celles-là arrivent. Pour vous, j’apprenais à me dépasser pour vous accompagner dans ce monde qui est rempli de belles choses. Je suis chanceuse d’avoir été choisie pour être votre maman car vous étiez exceptionnels.
J’ai expérimenté, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai voulu à l’occasion démissionner car avouons-le… c’est pas toujours facile d’être parent. Je vous aime et souffre de votre départ. Je garde dans mon cœur l’intensité de vos personnalités et la douceur de vos câlins et bisous. Attendez-moi, au-delà de cette vie, car les gens qui s’aiment savent s’attendre.
Olivier, mon champion et Anne-Sophie, ma grande fille prenez soin l’un de l’autre.
À bientôt mon ti-loup, à bientôt ma cocotte.
Maman xxx"

Texte d'Isabelle Gaston


mardi 8 juin 2010

Le feu

Le feu...

Rien que d'y penser, j'en tremble des pieds à la tête. Des souvenirs et traumatismes importants dans ma vie que ce foutu feu.


Yang a entendu deux explosions et vient me voir.
Je reviens tout juste de la rue derrière chez moi. Une maison tout près, complètement en flammes. Ça vient tout juste d'arriver. J'entends les pompiers au loin. Des dizaines de gens accourent et regardent, sidérés. Le feu est si chaud, si puissant. Rien n'est à son épreuve. Puis, une femme en pleure, en robe de nuit d'été, pieds nus. Il fait si froid ce soir, c'est sa maison qui brûle et moi je sais dans quel état intérieure elle se trouve présentement... Pleurant à chaudes larmes, un tel désespoir l'habite... Elle essaie de joindre sa famille sur son cellulaire et tremble. Je me précipite vers elle, lui donne mon châle molletonné, la couvre tendrement et la prend dans mes bras en caressant sa tête. Je tente de lui donner ma chaleur, tout ce que j'ai en moi. Silence... il n'y a rien à dire. Que puis-je faire, que peut-on faire...

- Gardez mon châle. Aimeriez-vous que je demeure près de vous?

Elle s'assied dans la voiture de police...

-Ça va aller... merci...merci!!! Merci beaucoup!!!!

Merci... Je me sens si petite... C'est tellement gros, tellement lourd ce qui lui arrive, bon sens... Et les flammes sont énormes et ont déjà ravagé le toit, elles embrasent la maison en entier, sortant de partout. Perte totale cette maison...

Je cours lui chercher des bas et prends les plus beaux, les plus doux. Elle en aura bien besoin. Désolée Rosie, j'ai dû donner les bas que tu m'avais donnés à mon anniversaire!

De retour sur place, deux membres de sa famille sont déjà près d'elle à la réconforter. Je lui donne les bas. Elle me remercie sans arrêt. Nous nous serrons. Je pose mes mains sur ses joues et la regarde tendrement...

-Ça va aller, ça va aller... courage...

Mon chant à bercer sera pour elle ce soir.

Je suis bouleversée.





mardi 26 janvier 2010

Hymne à la vie

J'ose à peine imaginer le choc psychologique avec lequel tous ces gens seront condamnés à vivre pour le reste de leurs jours...

Le 25 novembre 1988, j'ai pensé mourir lorsque ma maison est devenue en carton, craquait de tous bords, tous côtés, vaguait de gauche à droite sur l'océan en tempête, telle l'arche de Noé. Et cette terre sous nos pieds, si forte, indestructible, semblable à la puissance des chutes d'un barrage hydro-électrique. On ne peut imaginer, rien n'y peut résister. Je demeurais sur la rive sud de Québec où le séisme de 6.2 a été fortement ressenti à cause de nos sols argileux. Je m'agrippais tant bien que mal à la rampe d'escalier, sidérée par la cacophonie engendrée par le son de la vaisselle, des cintres dans les garde-robes et des murs qui craquent . Devant moi, au salon, les objets tombaient. Lorsque tout fut terminé, j'étais absolument convaincue que tout était détruit à l'extérieur et je me demande encore par quelle miracle nos maisons ont pu résister à un tel choc.

Tous ces pauvres gens vivent un enfer et le calvaire n'est malheureusement pas terminé. Difficile de trouver la solution miracle qui allégera la souffrance de chacun d'entre eux et leur apportera la vie plus confortable et décente qu'ils méritent.

La vie, si frêle et fragile... Savourons chaque instant, apprécions la chaleur douce de notre foyer,de nos draps douillets, louons le fait d'avoir le privilège, cette chance inouïe de boire et manger à notre faim chaque jour.




samedi 16 janvier 2010

Mes petits malheurs par dessus bord

Jamais je n'ai manqué de quoi que ce soit pour ma survie. Eu le privilège de gagner ma vie en faisant ce que j'aime. Lorsque j'ai faim, je peux me servir à ma guise. J'ai un lit bien chaud et confortable pour dormir. Lorsque j'ai froid, je peux me réchauffer, lorsqu'il fait chaud, j'ai aussi le loisir de pouvoir me rafraîchir. Je suis en parfaite santé et dispose d'un gym à 5 minutes de chez moi. J'ai tous mes membres, vis dans un environnement vraiment calme et agréable. J'ai le bonheur de pouvoir faire mes propres horaires de travail sans devoir rien à personne. Je peux disposer de mes temps de loisir comme bon me semble, entourée d'un bon conjoint et d'amis formidables. Le matin, je savoure mes petites promenades avec Adèle, respirant l'air frais. Le soleil, souvent présent , brille de tous ses éclats. Mon fils est en difficulté, d'accord, mais, il est bien au chaud, nourri, peut profiter de l'école présentement, fait du sport, est entouré de personnel compétant qui l'aide dans ses difficultés. Pour le moment et jusqu'au 24 mars au moins, il est en sécurité. J'ai tout ce qu'il faut pour être heureuse. De quoi pourrais-je me plaindre, voulez-vous bien me dire. J'ai tout, je possède tout...

Mardi soir, D. m'appelle. Elle ne peut se présenter à son rendez-vous avec moi. Ses parents, ses frères et soeurs sont à Port-au-Prince. Mercredi matin, je la rejoins de nouveau. Elle sait que la maison où ils habitent s'est écroulée et reste sans nouvelles d'eux depuis. J'appelle un, j'appelle l'autre, simplement pour leur offrir mes sympathies, leur dire que mes pensées sont avec eux et leurs familles. B est sans nouvelles de son père et de sa mère...

Mercredi soir, Yang et moi sommes allés voir Monsieur et Mme D, puis Fred. L'un est sans nouvelles de son frère, l'autre, de sa demie-soeur. Lorsqu'il y a 7 ans, nous sommes arrivés dans le quartier, monsieur D est venu sonner à notre domicile: " Bonjour, je me présente, je suis Monsieur D, j'habite en face de chez vous. Je vous souhaite la bienvenue ici. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez surtout pas!" Puis, lorsque Fred est arrivé dans notre quartier, il y a 5 ans, il s'est précipité chez nous avec son beau sourire: " Bonjour, je m'appelle Fred, je suis votre nouveau voisin, je voulais simplement me présenter et vous dire qu'entre voisins, on peut s'entraider, je suis donc toujours disponible, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas."

Je crois qu'en les circonstances, mon message du 31 décembre dernier porte ici tout son sens. Ce peuple a le coeur sur la main, habitué à s'entraider à travers tous les deuils et misères qu'ils ont vécus. Alors, aujourd'hui, c'est à eux que je pense, mes voisins et ceux que je côtoie régulièrement chaque semaine et à ceux et celles qui vivent en ce moment l'horreur là-bas. Ce sont nos frères... Alors, j'en ai rien à faire de mes petits malheurs, ce serait indécent d'y penser...



S'il vous plaît, donnons généreusement!

Croix-Rouge canadienne, division Québec: 1-800-418-1111




dimanche 6 décembre 2009

Polytechnique un 6 décembre...

Polytechnique...

Je me rappelle très bien ce que je faisais cette journée-là.

Pourquoi en parler aujourd'hui?

Parce que la simple résonance du mot m'était si familière. Mon papa, aujourd'hui décédé, y avait gradué en 1958. Çà sonnait sécurisant puisque çà faisait partie de la vie de mon père. Parce que ce lieu, si stable à mes yeux, est devenu une gigantesque scène d'horreur.

Parce que maman, ma tit' mimi d'amour, a une très grande amie qui, le soir du 6 décembre, a perdu sa fille. Elle s'appelait Maryse... Son père, policier de formation, a fait un point de presse devant les caméras avant d'entrer à l'intérieur et n'est jamais revenu parler aux journalistes, découvrant sa propre fille, dans le dernier local, à côté de Marc Lépine.

Parce que j'ai été témoin auditive d'un meurtre en 2001, qu'un simple plafond me séparait de l'assassin. Parce que j'aurais pu y passer moi aussi cette journée-là si j'avais eu l'idée de monter en haut. Parce que cet homme a tué quelqu'un que j'aimais et que Fafouin adorait pour ensuite foutre le feu. Parce que mes points de repère ce sont écroulés totalement cette journée-là et que le choc fut à ce point puissant, qu'encore aujourd'hui, j'ai de la difficulté à voir devant moi un long couteau de cuisine et que l'infime odeur d'un feu potentiel me fait battre le coeur.

Parce que Fafouin a été victime de violence, que cette violence m'a touché de près, qu'elle me touche encore profondément.

Parce qu'un film est sorti et que je me suis torturée l'esprit à savoir si je devais y aller ou pas et pour quelle raison je devrais y être. J'ai vu “Polytechnique” en février dernier et j’y ai trouvé ma réponse... Je ne pense pas qu'il faille des dialogues bien recherchés pour en comprendre le sens profond. La fragilité de la vie, la surprise, l'amour, la détresse, l'impuissance, l'horreur, l'immense chagrin, l'incompréhension... Ceux qui ont vécu un choc post-traumatique savent... Et les autres pourront comprendre avec compassion.

Il neigeait cette journée-là, une belle neige... Mais la neige, çà peut devenir noir et rester noir longtemps dans le coeur de ceux et celles qui ont vécu ce drame de près, à froid, en direct...

Polytechnique, dure réalité d'une partie de l'histoire du Québec à ne jamais oublier.

Une immense pensée d'amour pour la maman de Marc Lépine, forte et courageuse. Je l'admire beaucoup...

Ainsi qu'en mémoire des 919 femmes et enfants tués depuis le 6 décembre 1989



Référence: photo prise par Alexis Hamel

Source


vendredi 6 novembre 2009

H1N1, vive le bon sens!

Billet amélioré


Étant donné que je suis asthmatique, c'est ce matin que j'allais me faire vacciner. J'avais prévu plein de choses: un bon livre, une revue, ma chaise. J'avais même laissé dans la voiture un sac avec des effets personnels pour Fafouin, au cas où les policiers le retrouvent (il est en fugue). En bonne fille prévoyante, je croyais avoir pensé à tout. Seul hic, j'ai oublié de penser à moi...

Arrivée au point de service, voyant les barricades jaunes dans la rue et les policiers stationnés un peu partout, je me disais que j'avais pas fini d'attendre. Pas grave, on se stationnera plus loin, je suis habituée de marcher. Arrivée sur place, des gens viennent à nous et distribuent des bracelets. Je me fais interpeler tout de suite:

-Bonjour madame, avez-vous été servie?

-Non.

- D'accord. Faites-vous partie des personnes à risque?

-Oui, je suis asthmatique.

-Avez-vous une preuve que vous habitez la ville de...?

Je fouille dans ma sacoche. Bon sens, mon permis de conduire est dans la voiture, j'ai ma carte d'assurance-maladie pour le vaccin mais pas de cartes avec mon adresse.

-Avez-vous une preuve que vous êtes asthmatique? Une prescription, une pompe sur vous? Car il se peut qu'on vous le demande à l'intérieur lors du vaccin.

-Non, je ne crois pas avoir une pompe sur moi.

Comme c'est ridicule... Et moi qui gueulait haut et fort la semaine dernière en disant qu'on devrait exiger des preuves!!!!! Cordonnier mal chaussé va... La gentille femme, me voyant désespérément fouiller, à la recherche de l'objet de convoitise me dit:

-Écoutez, c'est pas grave. Habitez-vous loin? Je peux vous offrir le bracelet rouge pour les vaccins donnés entre 8 hres et 10 hres ou le bracelet bleu, entre 10 hres et midi.

Quel ange... Cette femme ne saura jamais à quel point elle m'a rendu service. Je ne peux prendre la chance d'attraper cette foutue grippe. Même si je sais que je suis en excellente santé, je dois m'assurer de rester en vie pour mon fils... Il faut aussi penser à désengorger les hôpitaux. Il me semble que c'est plein de bon sens. J'ai pensé aussi que les gens immunisés pourraient éventuellement aider les autres lors du pic de la crise, on ne sait jamais. Enfin, c'est comme ça que je vois la situation.

-Je vais prendre le bracelet bleu. Ça va me donner le temps d'aller chercher tout ce qu'il faut. Merci beaucoup!

Je trouve ça excellent. Cela permet de désengorger le système et de décourager ceux qui sont tentés de ne pas respecter les consignes de civisme. Lorsque je pense à ces pauvres femmes, attendant sous la pluie pendant des heures avec leur petit bébé, je ne trouve pas ça bien bien drôle.

Le vaccin?

Une heure d'attente tout au plus. Même pas le temps de lire. Avec le système de bracelet, c'est fantastique. Impressionnant de voir cette grosse machine gigantesque opérer avec une organisation sans faille! Des souvenirs remontaient à la surface, vague sentiment de déjà vu, des campagnes de vaccinations massives lorsque j'étais toute petite, dans des gymnases d'école...
Je regardais les mamans avec leurs bébés, les protéger, les béquotter, comme j'ai si souvent fait avec mon Fafouin. Je le revoyais, tout petit. Comme j'en ai passé du temps avec lui à l'hôpital, lors de ses crises d'asthme. Et maintenant... J'aimerais pouvoir remonter le temps, il serait protégé aujourd'hui mais, comme la réalité est toute autre... Il est en fugue et, recherché pour un autre délit. Un arrêt d'agir est prévu en centre. Pas question qu'il retourne chez le papa. Seulement, là, au moment où on se parle, je sais que son asthme n'est pas contrôlé, il est à risque.
Alors, je prend de grandes respirations et tâche d'envoyer du positif dans l'air et surtout, continuer à vivre. Il aura grandement besoin d'une mère en santé. Ce ne sera pas facile...

jeudi 13 août 2009

La liberté

Horriblement coincée dans mon intérieur, je n'arrivais pas à trouver les mots pour exprimer ce que je voyais, ce que je ressentais devant l'extrême souffrance de Jo et ma grande amie Rosie en miettes éparses, son coeur de mère qui crie, hurle de son intérieur, en un écho retentissant bien au delà de l'univers connu et inconnu. Là auprès d'elle, j'étais devenue une pauvre enfant innocente et sans expérience, ne sachant absolument plus quoi dire, ni faire... L'impuissance à son état pur... Elle est à bout, se traîne intérieurement et physiquement. Mais lorsqu'elle est auprès de lui, dans un élan de force incroyable qui vient de je ne sais où, elle retrouve toute sa grâce et son assurance, par amour pour son grand qui en a tant besoin. Silence... Je ne peux plus penser, un instant d'éternité...Un amour immensément grand, si grand...Et moi, je sais qu'elle crie au dedans. La tête basse, en cachette, je me prosterne devant elle. Saurais-je un jour arriver seulement au pied de sa cheville...Il n'y a rien d'autre à dire...

Et puis, il y a de ces choses qui se passent dans l'invisible, celles qui nous éclairent et donnent réponse à tout. Je parle des forces et amours qui relient indéniablement chaque être. Par pur hasard donc, à un moment où je ne cherchais rien, je suis tombée sur un texte merveilleux qui représente exactement ce que je n'arrivais pas à exprimer. Il s'agit d'un écrit de Camille Buttefly, auteur que je ne connaissais pas du tout. Bouleversée, je lui ai demandé l'autorisation de le publier dans mon prochain billet. Elle a accepté gentiment... Merci infiniment Camille...

Alors le voici, en silence, pour toi Jo et pour ma Rosie que j'aime tant...


Liberté

Je rêve de liberté
A en perdre tout espoir.
Je ne vois que les barreaux noirs
De ma cage forgée d'éternité.

Une lueur si douce mais pourtant
Si insoutenable de félicité
Que ma main tendue en imploration
Ne peut même d'un souffle, l'effleurer.

Je pense à ma détresse,
Ce mal-être dévastateur
En possession de tout mon corps.

Lui, si rêveur qu'une étincelle
L'envole comme un papillon
En quête de couleurs torrentielles.


Mais toujours survient
La chute éphémère de la mort,
Néant incommensurable que
Seule une âme épouse en un brasier sacré
Restaurant le trône de sa royauté.

Me perdre, telle est ma volonté.
De ce monde devenir aveugle.
De cette vie devenir infirme.
De la mémoire effacer toutes traces.

Dans un sommeil profond d'oubli
Plonger avec délice.
Espace de rien, semblant de liberté
Qu'une imagination meurtrie d'illusions
Ne songe même plus à fuir,
Refoulant sa quête en un tombeau profané.

Cicatrices immortelles,
Témoins d'un temps qu'elles ne peuvent effacer,
Emportant avec lui les murmures de mes larmes
Qu'une soif ne peut apaiser derrière ma prison.

Délivrance quand viendras-tu ?
Je ne suis déjà plus...

Camille Buttefly
mercedi le 24 mai 2006


Photo/copyright/nanoulaterre/sept. 2009






lundi 27 juillet 2009

La force qui nous reste

Rosie est mon amie, nous nous sommes connues à l'âge de 16 ans. Son conjoint M... est aussi mon ami, je l'ai connu aussi à 16 ans. Ils ne se connaissaient pas. Je les ai présentés l'un à l'autre. Ils sont ensemble depuis. Nous avons préservé notre amitié, connu mers et mondes, calme et tempêtes, dansé, ri, pleuré, chanté, fait les fous. C'est pas n'importe quoi, du solide, je vous l'assure et çà continue. Rosie me trouve courageuse, je la trouve sur-humaine. Elle est un modèle de force et de courage. Le coeur sur la main, malgré sa vive douleur, elle trouve encore le moyen d'être disponible pour les autres. En ce monde, il m'est rarement arrivé d'avoir la chance de rencontrer telle qualité et grandeur d'âme. Elle admire mes talents artistiques, je suis époustouflée devant les siens. Il faudra qu'elle peigne de nouveau...j'écrirai la musique...

M...est une âme douce, remplie de tendresse. Je l'ai connu en grande révolte. Il avait tout pour rester enfoncé et venait de loin, de très loin. Et pourtant, il a refait surface. C'est quelqu'un de vraiment très respectable, j'admire son courage et sa détermination.

Un de leurs fils est dans un état critique et souffre terriblement. Le mien est encore dans la rue, vous n'avez pas idée où il est rendu. Rosie et moi, on se supporte là-dedans, je prends soin d'elle, elle prend soin de moi. On ne calcule pas. En ces jours, en ces instants, il n'y a que l'amour qui existe.

Yang, mon conjoint m'appelle. J'étais au resto avec Manou, une autre grande amie.

-Rosie a appellé, elle ne va pas bien...

-D'accord...

On termine notre repas à la hâte. Comme il est long le chemin du retour. On dirait que tous se donnent la main en se plantant au beau milieu de la rue! Je me sens comme la boule qui va faire tomber les quilles si elles restent là devant moi. Faites de la place, çà presse, je dois arriver à la maison au plus vite. À l'intérieur de moi je me sens comme un TGV et pourtant je ne roule pas vite . Je donnerais la lune pour être chez moi, là, à cet instant même. J'y arrive enfin...

-Rosie?

-Oui...

-C'est moi...

-C'est inhumain, qu'est-ce qu'il faut faire?

...

...

- Je reste chez moi. Tu peux me rappeler n'importe quand.

-Mais, je ne peux quand-même pas t'appeler au beau milieu de la nuit!

- Oui!!! Écoute-moi, tu m'appelles à 22 hres, à 2 hres ou 4 hres du matin, peu importe OK!!!!Et si tu veux que je vienne, je viendrai.

-Je ne veux pas que tu gâches ta soirée avec Manou...

-Je ne gâche rien. Je reste chez moi c'est tout. Je ne peux pas sortir. Je veux rester disponible pour toi. Je t'aime, je vous aime...

-Je t'aime...

-Tout est correct OK?

Et Manou là-dedans...Elle a été d'une patience et d'une compréhension à toute épreuve...

Pour le peu de force qu'il lui reste, Rosie demeure au chevet de son fils. Elle se justifie et n'a pas à le faire, elle fait ce qu'il faut et M... aussi. Je ferais exactement la même chose. C'était hier soir.

Aujourd'hui j'entreprends tranquillement des choses pour mon fils, à mon rythme, essayant de garder le contact avec lui, aussi minime soit-il. Ma santé mentale est importante et la forme n'a pas de prix. Je me prépare donc en me disant que je prendrai au détour des forces pour elle aussi. Je saute dans mes espadrilles et hop, la petite marche rapide de 25 minutes avec Adèle. De retour, j'enfile mon sac et me dirige au gym en confiant mon cel à l'entraîneuse. Si Rosie appelle, si Fafouin a besoin de moi... Je termine avec mes 18 respirations lentes. Voilà, je suis connectée.

À l'instant même, je saute dans la piscine et ferai mes 400 brasses. Çà c'est mon dessert...Ensuite? Assise en écoutant le roulement de ma balançoire, je m'installerai avec un gigantesque livre de contes et légendes en écoutant Chopin. Pourquoi? Parce que c'est çà la vie et, que la vie, malgré tout, elle est très très belle.

Il faut trouver quelque part la force d'aller au delà de la souffrance et se donner les moyens de permettre à notre cerveau de s'aérer et à notre âme d'arriver à la plénitude et je vous jure, on y arrive!!!

vendredi 13 février 2009

Polytechnique un 6 décembre...

Polytechnique...

Je me rappelle très bien ce que je faisais cette journée-là.

Pourquoi en parler aujourd'hui?

Parce que la simple résonance du mot m'était si familière. Mon papa, aujourd'hui décédé, y avait gradué en 1958. Çà sonnait sécurisant puisque çà faisait partie de la vie de mon père. Parce que ce lieu, si stable à mes yeux, est devenu une gigantesque scène d'horreur.

Parce que maman, ma tit' mimi d'amour, a une très grande amie qui, le soir du 6 décembre, a perdu sa fille. Elle s'appelait Maryse...

Parce que son père, policier de formation, a fait un point de presse devant les caméras avant d'entrer à l'intérieur et n'est jamais revenu parler aux journalistes, découvrant sa propre fille, dans le dernier local, à côté de Marc Lépine.

Parce que j'ai été témoin auditive d'un meurtre en 2001 et qu'un simple plafond me séparait de l'assassin.

Parce que j'aurais pu y passer moi aussi cette journée-là si j'avais eu l'idée de monter en haut.

Parce que cet homme a tué quelqu'un que j'aimais pour ensuite foutre le feu et que mes points de repère ce sont écroulés totalement cette journée-là.

Parce que le choc fut si puissant, qu'encore aujourd'hui, j'ai de la difficulté à voir devant moi un simple couteau de cuisine et que l'infime odeur d'un feu potentiel me fait battre le coeur à cent miles à l'heure.

Parce qu'un film est sorti et que je me suis torturée l'esprit à savoir si je devais y aller ou pas et pour quelle raison je devrais y être.

J'y suis allée, j'ai trouvé ma réponse...


Je ne pense pas qu'il faille des dialogues bien recherchés pour en comprendre le sens profond. La fragilité de la vie, la surprise, l'amour, la détresse, l'impuissance, l'horreur, l'immense chagrin, l'incompréhension... Ceux qui ont vécu un choc post-traumatique savent...Et qui plus est, les autres pourront comprendre avec compassion. Il neigeait cette journée-là, une belle neige... Mais la neige, çà peut devenir noir et rester noir longtemps dans le coeur de ceux et celles qui ont vécu ce drame de près, à froid, en direct...

Polytechnique, dure réalité d'une partie de l'histoire du Québec à ne jamais oublier.

dimanche 14 septembre 2008

Quelques fois le client... a raison

Bonsoir madame,

je suis allée passer la soirée dans votre restaurant hier soir. C'était l'anniversaire d'une de mes tantes que j'aime beaucoup. Je vous ai aussi adressé la parole en vous disant que c'était la première fois que je ne laissais aucun pourboire.

Madame, ce message se veut vraiment positif dans tous les sens du mot. Loin de moi l'idée de vouloir vous démolir personnellement.
J'ai cependant la ferme conviction que lorsqu'on travaille avec les gens, ou le public, appelez çà comme vous le voulez, c'est qu'ils viennent vers nous en toute confiance et nous avons le devoir de leur donner le meilleur de nous-même.

Hier, en votre personne, j'ai vu un être humain complètement désintéressé, insolent et épuisé. Je trouve çà désolant, et pour les gens qui s'attendent à passer une belle soirée, et pour vous qui semblez au bout du rouleau. En fin de compte, qui y trouve vraiment satisfaction? Et je doute fort qu'au fond de vous, vous soyez vraiment heureuse du résultat....


Je pense aussi que la vie est trop courte pour se permettre de passer de longues périodes de temps dans un mode de vie qui ne nous ressemble plus et que l'on aime plus.

Voilà.

J'ai aussi remarqué que votre site était cousu de fautes d'orthographe.

Dans un Québec majoritairement francophone, je pense qu'il serait particulièrement souhaitable de redoubler d'effort afin d'offrir un site présentable et crédible aux yeux de la majorité québécoise.

Sincèrement,

Nanoulaterre

(Message adressé à la propriétaire du restaurant Le Molisana, rue Fleury, Montréal)