Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

vendredi 1 juillet 2016

Ma petite maman d'amour

Je suis devenue la maman de ma maman.

Elle souffre de Parkinson, tremble beaucoup, a de grandes pertes d'équilibre, dort beaucoup, s'essouffle à rien et sa capacité cognitive à court terme a chuté de façon fulgurante depuis 3 mois. 

Je ne la laisse plus partir seule. Il y a deux semaines, au moment où je barrais ma porte extérieure pour aller la reconduire, elle s'est écroulée à côté de moi. J'ai tout juste eu le temps de rattraper sa tête pour éviter qu'elle ne s'assomme sur le ciment. Depuis décembre dernier, elle fait de l'anémie et son médecin lui avait donné un papier pour rendez-vous avec un gastro-entérologue. Elle a oublié de le prendre. Et moi, je ne savais pas. C'est en l'accompagnant chez son médecin il y a 3 semaines, que cette dernière s'est rendue compte qu'elle n'y était pas allée et s'est vite empressée de la faire voir par un spécialiste.

Je l'ai préparée et accompagnée pour une coloscopie. Avant-hier, le diagnostique est tombé comme une douche glacée. Cancer colorectal. Tumeur maligne. Le spécialiste n'a pu complété l'examen, l'espace étant trop restreint. La seule avenue possible; chimio, opération et chimio ce qui serait inhumain de faire subir ça à ma mère étant donné son état actuel et son âge. Sous le choc, maman est demeurée sidérée, profondément peinée et recroquevillée dans sa bulle. Je l'ai prise dans mes bras et l'ai rassurée, que tout allait bien se passer, qu'on serait là pour elle.

Puis, je suis allée voir le médecin en tête-à-tête:

- Combien de temps il lui reste à vivre? S.v.p. dites-moi, j'ai besoin de savoir.

-C'est difficile à dire...

-Vous avez une petite idée quand-même en voyant la tumeur, dites-moi s.v.p.?

-Et bien, d'après ce que je vois et par expérience, s'il n'y a pas de métastases, tout au plus un an. S'il y a des métastases, je vous dirais tout au plus 3 mois à vivre. Vous savez, si vous avez des questions, surtout n'hésitez pas à me contacter, je suis là pour ça.

Je l'ai chaleureusement remercié. Et dire qu'en mars dernier j'avais senti cette odeur si caractéristique de la mort en m'approchant d'elle. J'étais troublée et me suis demandée pourquoi cette odeur m'arrivait sous le nez aussi subitement. Elle était pourtant en pleine forme à ce moment-là. 

Je l'ai gardé 2 jours chez moi, il fallait qu'elle soit surveillée à cause des analgésiques qu'on lui avait administrés. Elle s'est installée dans le fauteuil, pleurant à chaudes larmes:

 "Mes petits chats, qu'est-ce qu'ils vont devenir..."

Elle voulait repartir chez elle. Elle ne comprenait pas pourquoi elle devait demeurer ici.
À un moment, elle s'est levée et m'a dit: 

"Je m'en retourne chez moi à pieds!!!! Arrête de faire ton petit bosse et de vouloir me contrôler!!!"

C'est tellement pas ma mère ça... J'ai contacté mon frère qui a tenté aussi de la raisonner. Elle lui a répété la même chose en lui raccrochant la ligne au nez. J'ai pu finalement lui faire accepter de se reposer dans mon lit.

Après sa longue sieste, elle était de si bonne humeur et ne se rappelait plus de rien, ni de l'examen, ni du diagnostique de cancer. Elle se demandait ce qu'elle faisait dans ma chambre. Nous ne lui en reparlerons pas, à moins qu'elle ne nous en parle...

Lorsque j'eus terminé de donner mes cours, maman dansait dans le salon au son d'une valse avec ma petite chienne Adèle dans ses bras. Je photographiais cette image sublime dans ma tête et souriais. Elle était tellement belle ma petite mimi d'amour. J'aurais voulu qu'elle danse comme ça pour le reste de sa vie, sans souffrance, sans cancer. Elle était si heureuse...

Plus tard, elle est allée s'étendre de nouveau dans mon lit, se couvrant avec le haut de mon pyjama. Je me suis empressée de lui offrir une couverture qu'elle a refusée en me murmurant de sa voix si douce les plus beaux mots d'amour de la terre:  "Non Nanou, je veux garder ton pyjama sur moi, parce que ça sent toi."

Devoir accepter l'inacceptable. Perdre ses plus solides repères. Ma petite maman d'amour va mourir bientôt. C'est ça la réalité. Je me sens dans un état second en même temps que remplie d'une surdose de capacité d'amour au dedans de moi juste pour elle.

J'ai annulé mon séjour aux Éboulements. Je me sens incapable d'y être, loin d'elle. Et je suis tellement heureuse chez moi avec toutes ces fleurs, ces arbres que j'ai plantés et le potager que j'ai fait dans ma cours arrière. 

Ma soeur, mon frère et moi formeront la meilleure équipe du monde.

Ma place est auprès de celle qui nous a tant aimés et donnés...

10 commentaires:

Une femme libre a dit…

Je suis désolée d'apprendre la maladie de ta mère. Je sais qu'elle a la chance d'être bien entourée. Tu prendras bien soin d'elle mais prends aussi bien soin de toi. Tu es sage et tu sauras déléguer mais des fois, quand on vit une telle épreuve, il est possible d'oublier de le faire. Je pense à toi avec affection.

Le factotum a dit…

" Elle était tellement belle ma petite mimi… "
J’ai vécu les mêmes expériences avec mon père qui s’est éteint en janvier dernier.
Je l’ai accompagné au quotidien les quatre derniers mois.
Malgré sa perte qui est encore lourde à porter, cette période fut des plus enrichissantes pour moi personnellement.
Bon courage. xx

Pierre Forest a dit…

Je comprends tout à fait ce que tu vis...

De notre côté, on aura les résultats des tests lundi. Cancer du rectum, c'est acquis. Le scénario optimiste, à ce moment-ci, c'est 6 mois de chimio, chirurgie, stomie temporaire (sac), re-chimio et resection 6 mois plus tard (enlever le sac).

Les résultats des tests complémentaires viendront confirmer s'il y a des métastases ou pas aux poumons (résultat d'une biopsie d'un nodule), foie (présence de kystes) et possible envahissement de l'utérus. Si c'est le cas, ils n'opèrents pas et se limitent à une chimio palliative.

Mais comme pour ta maman, ce qui fait le plus de peine présentment, c'est la perte anticipée, parce qu'en réalité elle est toujours là et que tu as cette opportunité unique de faire le plein de bonheur en sa présence.

Notre entourage est rempli de gens qui n'ont aucun symptôme et qui pourraient mourir demain, sans avertissement, d'un accident, acv, crise cardiaque ou autre, sans qu'on n'ait pu s'y préparer, apprivoiser leur départ, faire la paix en soi, régler les conflits s'il y en a. Il nous arrive de remettre à plus tard le temps qu'on pourrait consacrer à ceux qu'on aime, pour toutes sortes de raisons qui nous sembleront futiles plus tard. Le moment présent prend toute son importance quand on réalise vraiment que la vie est courte.







manouche a dit…

Courage ma chère Nanou.

L'impulsive montréalaise a dit…

Comme tout cela doit être difficile à vivre. Je sympathise de loin. Et t'envoie un peu de belles ondes. Il y a peu à dire. Prends soin de toi. Et d'elle.

Zoreilles a dit…

J'ai eu les yeux dans l'eau en te lisant ainsi qu'en lisant Pierre. Tous ces doutes, ces incertitudes, ces inquiétudes, ces bouleversements, cette impuissance. Ce que vous vivez est si difficile, je le sais...

Ta phrase, dans laquelle tu te dis « remplie d'une surdose de capacité d'amour au dedans de moi juste pour elle » m'inspire beaucoup. Voilà ta force, ton essence, ta résilience, et c'est ce qui t'aidera à vivre des difficiles moments.

Solange a dit…

Des moments difficiles à vivre, je te souhaite bon courage dans cette épreuve.

claude a dit…

Je rejoins le com de Solange.
Vois-tu ici nous devons faire un contrôle tous les deux ans comme une mammographie. D'ailleurs j'en ai un à faire cette semaine. Tu reçois une enveloppe chez toi avec tout ce qu'il faut, ensuite tu postes et tu reçois le résultat. C'est gratui, organisé par la Sécurité Sociale.
Bon courage, Nanou !
Bises

Tête de l'Art a dit…

voilà une bien triste nouvelle ! mais il ne faut pas baisser les bras si vite, j'apporte ici mon témoignage qui peut peut-être vous remonter le moral : en 2012, ma mère qui avait 86 ans à l'époque se trouvait bien fatiguée...tout le temps , alors qu'elle est d'une nature plutôt dynamique, et elle se trouvait souvent essoufflée pour pas grand chose....donc elle consulte son médecin qui tout d'abord lui répond , c'est normal à votre âge d'être fatiguée....mais ma mère sentait bien qu'il se passait quelque chose...et devant son insistance, il a fini par lui faire faire une analyse de sang et là ; les résultats étaient inquiétant au niveau des globules rouges beaucoup trop bas d'où ses essoufflements...donc examens, nombreux et le verdict tombe très vite ; cancer du colon stade 3 ...oh la la j'ai pensé : on est mal !et opération programmée et chimio...à son âge....après la consultation, en rentrant dans la voiture, j'avais le coeur gros...et je ne savais pas comment ma mère allait réagir ....elle m'a dit ; tu vas voir ce que je vais en faire du cancer.....et elle a aujourd'hui 90 ans et plus de cancer....elle a été surveillée tous les 6 mois depuis 2012
...et pourtant les ganglions étaient touchés et percés....mais le chirurgien a dit : à votre âge la maladie évolue très lentement....je crois que ce qui compte beaucoup, c'est le moral, le fait de sortir, voir des gens, avoir des activités....il y a quand même de l'espoir ! bon courage

Nanou La Terre a dit…

Une Femme Libre,
merci... Pas d'inquiétude surtout. Je saurai déléguer. Je ne suis pas seule. Nous avons déjà retroussé nos manches et accepté la maladie, comme aussi une une possibilité de guérison. La médecine traditionnelle n'est pas infaillible à tout point de vue...

Le Factotum,
mais c'est superbe ça. Et c'est ce que j'ai l'intention aussi de faire. Il n'y a que du bon à retirer de ces expériences et comme le coeur y est... Merci beaucoup xxx

Pierre Forest,
merci pour ton témoignage émouvant. La perte anticipée, oui, c'est le choc du début mais aussi l'acceptation dans l'amour du moment présent qui prend ici toute son importance. Et puis, comme nous en avons parlé, la médecine ce n'est pas Dieu le père, on s'entend...
On s'encourage mon cher. Ta Josée, je sais à quel point tu l'aimes et ça c'est ce qui est le plus important, l'amour. Et je sais que tu veilleras sur elle comme d'une perle précieuse. Je te porte dans mon coeur ainsi que Josée, ta douce xxx

Manouche,
merci beaucoup xxx

Impulsive montréalaise,
merci beaucoup... Je me revire sur un dix cent assez vite. Ce n'est pas facile et en même temps heureux. Ces moments sont si précieux. Et puis, elle est vivante ma maman. Demain sera demain. Pour l'instant, il n'y a que l'amour qui compte.



Zoreille,
merci, merci beaucoup... Tu sais, pendant 2 jours, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ensuite, les larmes font place à l'acceptation inconditionnelle. Je ne veux plus anticiper les horreurs, cela viendra bien assez vite un jour. Là maintenant, c'est la vie, l'amour et aussi la frustration de ma mère: hier, je l'ai battu au scrabble 530 à 230... (hihi) Elle veut sa revanche. Ça fait 40 ans que nous jouons au scrabble...

Solange,
je te remercie beaucoup xxx

Claude,
Merci beaucoup...
Ah bon! Bien ici, ce ne sera pas de sitôt vois-tu avec notre cher ministre de la santé qui, au contraire, coupe dans les examens, les retarde... Mais je ne comprends pas; comment peux-tu passer une colonoscopie chez toi??? Il faut quand-même que le spécialiste voit l'intérieur des intestins? C'est quoi cet examen?

Tête de l'Art,

je te souhaite la bienvenue dans mon petit univers!

Quel beau témoignage que tu m'offres ici et bien à mon goût... Je te remercie infiniment et je copie ton commentaire pour l'offrir à ma maman. Je lui ai d'ailleurs lu au téléphone. Au dedans de nous, notre pouvoir est grand, énorme... La médecine nous propose de détruire le cancer en même temps que détruire les bonnes cellules de notre corps, ce qui affaibli le système immunitaire. C'est un non sens. Ce qu'il faut c'est d'empêcher les cellules de se nourrir. C'est ce que je m'applique à faire pour maman. Ta mère a-t-elle fait de la chimio?

Oui, il y a de l'espoir. Je pense qu'il ne faut jamais baisser les bras. ma mère demeure très positive et moi aussi...