Partir en décembre, c'est triste, extrêmement triste, parce que décembre, c'est la fête de l'amour, des gens qui s'aiment. Et partir l'avant veille de Noël, c'est encore plus triste.
On a envie de se dire et on se le dit: " Je suis heureux que tu sois là, en ce moment, parce que je t'aime, et je veux que tu saches à quel point tu comptes pour moi."
J'adore décembre, et lorsque je peux recevoir tous mes amours réunis autour de ma grande table alors qu'on s'arrête et se moque éperdument du temps, l'instant de bavarder, savourant, intégrant nos mots tendres les uns pour les autres, rigolant et portant un verre, 2 verres, 3 verres, de mille et une façon, à l'amour, au lien qui nous unit tous, alors je suis vraiment heureuse et comblée.
Ce soir du 27 décembre dernier, je recevais mes amours, mes amis, puis, un coup de téléphone. Tiens, Isa...
-"Isa... Comment vas-tu? Quand puis-je te rappeler? Je reçois là...
" C'est que, j'ai une mauvaise nouvelle à t'apprendre... Jacques est parti..."
Un récent traitement de chimio pour sa leucémie, une faiblesse, un système immunitaire affaibli et, vite, à l'hôpital. Pneumonie, et voilà, tout est terminé, envolé, parti, pour toujours. 59 ans... Toute sa vie, sa belle vie remplie de passion, de créativité, de musique, comme la mienne... C'est pas sa leucémie qui l'a emportée.
Et moi qui suis encore vivante.Tiens, je ne m'étais jamais imaginée que Jacquot mon coco pouvait partir comme ça, si fragilisé, son parcours de vie tellement semblable au mien. Finalement, sa vie c'était comme ma vie. Pourtant j'ai été sauvée, épargnée, il y a 6 ans... Un grave accident de la route, perte de contrôle sur la glace noire, plusieurs tonneaux qui m'ont laissée sans aucune égratignure et ma voiture une perte totale. Je me revois, à l'envers, sur le ruisseau gelé, sortant par la fenêtre brisée, des dizaines de regards posés sur moi, bouches bées et abasourdis... J'étais si gênée en même temps que consciente de la chance , du grand cadeau qui m'avait été accordé, le don de la poursuite de ma vie...
Je pleurais. Fafouin est descendu, inquiet.
"Je pense que c'est un ami à maman" avait-il lancé à mes invités.
Je poursuivis mon souper avec mes amours parce que cet instant avec eux, j'y tenais vraiment. Je saurais bien retenir mes larmes jusqu'au lendemain.
Je n'ai pu me déplacer pour lui, à cause de la tempête de neige qui bloquait les routes. Jusqu'aux fleuristes qui ne pouvaient s'y rendre pour déposer nos fleurs. Pas grave, mes fleurs pour toi reposent sur ton piano. Et puis, elles sont si belles ces marguerites, des tas de petits soleils, comme toi.
Retenir les souvenirs afin de les préserver pour toujours, lutter pour ne jamais oublier sa voix à l'intérieur de mon coeur. J'essayais, en cette journée de tempête, de retenir tout ce que je pouvais, les souvenirs remontaient, une pure magie... Du jour de notre rencontre, la musique, des rigolades à n'en plus finir, la chaleur de sa personne, la bonté de son âme, sa gentillesse, sa spontanéité, sa simplicité. Tout se déroulait comme dans un film qu'on ne veut pas laisser partir et qu'on retient à l'infini. Et ces instants si puissants et précieux en mon âme et souvenir ne pouvaient se perdre, ils se préparaient à loger dans l'éternité de tous les temps. C'était une certitude.
Un facebook interrompu pour toujours, ta voix au son du répondeur, ouf... Faut composer avec ça, du mieux qu'on peut et surtout, le plus important c'est de continuer de vivre comme t'aurait souhaité le faire, avec passion. Elle est belle la vie, je sais que tu l'aimais...
Jacquot mon coco, avoir nommé une de tes chèvres "Nanou" fut pour moi le plus précieux des honneurs. Je te garde pour toujours dans mon coeur.
Jacques 1952-2011
