CROIRE QUE LES CHOSES SE PRODUISENT TROP LENTEMENT OU TROP VITE EST ILLUSOIRE. LE SYNCHRONISME EST PARFAIT. CHAQUE CHOSE ARRIVE TOUJOURS EN SON TEMPS... RIEN NE NOUS ARRIVE QUI N'AIT D'ABORD ÉTÉ SENTI ET PENSÉ. POUR CRÉER LE FUTUR, IL FAUT Y CROIRE SANS RSERVE.


Auteur inconnu

samedi 30 août 2014

Te faire mienne

Humidité fraîche, tendre et généreuse
De tant de droiture
Et mystérieuse de ces nuits d'été,
Baignant dans ce restant de vent
Je te respire donc toi
T'engouffrant profondément dans mes poumons,
Plein de mes yeux fermés
Afin de te goûter toute entière
Si gourmande je suis

Non, je n’irai pas dormir maintenant
Et résisterai de te quitter
Parce que c'est trop bon de t'avoir là
Sur ma peau et en moi
Pourquoi ne te fais-tu pas chair d'homme
Qu'on tire vers soi plein les reins

Humidité fraîche, été comme hiver
Voilà que tu me giflerais les joues violemment
Et je ne dirais rien, complètement asservie
Bénie des dieux je suis
En ta compagnie

Ta gifle n'est que vie
Bienveillante en tout
Comme lorsque l'on revient 
De la longue marche
D’un hiver rigoureux
Se réfugiant dans l'intérieur
De notre chez soi d'amour

Ta gifle est candeur retrouvée
Libérée de la chaleur d’un été suffoquant
N'en pouvant plus de retrouver vite là
L'envie de l'eau profonde
Toute en velours


Et de m’en aller dormir à présent
Bien sûr je le ferai
Parce que j'ai pu te faire mienne
Ainsi que des centaines de millions d'étoiles
Enveloppées dans mon châle noir volant au vent.

Les Éboulements, juillet 2014

jeudi 28 août 2014

Bien sûr que c'est extra

Vous connaissez mon amour pour les tournures de mots racontées avec volupté. Cette interprétation de Léo Ferré, bien des années après, et dans toute sa maturité, j'aime, j'adore.

Difficile de trouver un video dénué de photos clichées et ça m'a pris un temps fou  pour trouver  le bon, le vrai, celui qui me colle à la peau, comme j'aime exactement l'entendre.

Alors le voici... Vive Ferré...



jeudi 14 août 2014

La Belle s'est endormie


Depuis mon arrivée samedi,  les couleurs de l'été me gâtent. Cette journée s'annonce particulièrement humide et chaude mais le vent au large s'est levé en grand fou, comme bouche de géant raflant tout sur son passage.

Je prépare soigneusement la chambre pour ma grande amie d'enfance, Bouda, avec qui je passe toujours au moins 2 ou 3 jours par année, en duo. 49 ans d'amitié, c'est comme, ouf, beaucoup, c'est pas rien ça. Nous avions 7 ans lorsqu'une des deux a décidé de rejoindre l'autre en traversant la rue. À partir de cet instant, nous ne nous sommes jamais quittées. Une amie comme celle-là c'est une jumelle invisible que l'on traîne toujours avec soi, une magicienne qui sait tout, a partagé tempêtes, bonheurs, deuils et joies. Bouda ce serait comme un long film préféré, toujours si agréable à regarder et qu'on connaît par cœur. Elle a connu mes parents dans la trentaine, mes grands-parents, j'ai aussi connu les siens.

Bouda et moi ça se vit comme un respect inconditionnel et une grande admiration mutuelle, encore aujourd'hui. Elle, c'est la magicienne du pinceau... L'inspiration à la dérive, je tentais désespérément de copier les dessins qu'elle faisait dans le cours de catéchèse. Pour elle, ça sortait toujours aisément, comme ça, sans penser. Peut-être bien qu'en imitant ses gestes gracieux et spontanés j'aurais pu y arriver. Alors, je l'imitais du coin de l'œil, discrètement... Mais au beau final, mon dessin était toujours un désastre  et le sien, une merveille... Dire l'influence que l'une exerçait toujours sur l'autre; elle avait commencé le piano lorsque j'ai débuté mais n'a pas poursuivi. Sans commentaires ici, elle saurait mieux que moi parler de son expérience. Chacune sa voie... Elle est artiste-peintre aujourd'hui, je suis musicienne.


Lorsque mon papa est décédé et que je la vis au loin près de l'entrée du salon, discrète et immobile parmi la foule, je ne voyais qu'elle, ma Bouda. On s'est regardé et sans rien dire, on savait tout ce que l'autre pensait et ressentait; de l'émotion à l'état pur, celle qui vous prend à grands respires d'amour, les yeux tout remplis d'eau.


Il y en a bien une qui va partir avant l'autre un jour et, ce sera la dévastation, autant pour elle que pour moi, je le sais.

C'est chez elle que je me réfugiais durant les psychoses de mon père. On a tant inventé et créé ensemble; des danses et des improvisations parlées, des fous rires à n'en plus finir. Ses parents, ce sont comme les miens, comme de seconds parents vieillissants que l’on souhaiterait donc protéger à tout  jamais. Je disais de sa mère qu'elle me faisait rire et de son père qu'il était beau. Et c'est vrai qu'il est beau son père, encore aujourd'hui. Et sa maman me fait rire avec ses chapeaux d'été...



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Sur la galerie de bois,  accompagnée de ce vent puissant, la chaise me berce, c'est formidable...

J'ai apporté mon CD de Jacques Labrecque, hésité longtemps avant de l'écouter de nouveau. C'était un cadeau de Yang et ça me rappelle de biens beaux instants. Allez, vas-y, tu ne pleureras pas, mets-le. Quelle joie..." La belle s'est endormie" me fait toujours autant vibrer et je me sens tout à fait bien et heureuse, même si je suis partie seule ici avec mes deux petits chiens, que nous avons décidé  d'un commun accord de ne plus vivre ensemble, parce que " La Belle s'est endormie" est un souvenir heureux qui nous appartient et jamais âme qui vive ne pourra  nous le dérober.
Je me suis même surprise à fredonner à pleins  poumons "À l'abri d'une olive". Alors voilà, acceptation. Et puis que dire de: "Vive la canadienne". Fafouin comprenait "Vive la canne à bière" Comme nous avions ri... De vibrants souvenirs ici, passés ensemble, Yang, Fafouin et moi. Un recueil de séquences d'amour et de tendresse enfouis profondément dans le cœur...

Ici, bénie des dieux, je me sens protégée, imperméable à tout. Et puis, ces vacances, ce sont les miennes, alors j'ose m'approprier généreusement les lieux, me fondant dans la maisonnette qui ne fait qu'un avec moi, une grande alliée. C'est comme un petit miracle inattendu.

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Je la surveille, fébrile et impatiente, je compte maintenant les minutes. Elle arrivera bientôt Bouda et nous nous élancerons dans les bras l'une de l'autre et nous danserons en disant "youpi, youpi!" avec nos cœurs d'enfant. Nous sommes encore des petites filles.

Bouda s'en vient, elle s'en vient! Et alors ce sera un autre grand bonheur...

Les Éboulements, juillet 2014

jeudi 7 août 2014

L'arrivée

Dès l'arrivée j'ai perçu de nouveau la transformation. Les pensées de mon cerveau s'estompent, immédiatement, en permanence. Anesthésie générale...

Mais enfin, comment cela se peut-il
Elle ne peut donc le vivre ailleurs
Ce bonheur si intense
Insensé et innommable?
En amour, elle est en amour
Avec l'immatériel, l'intouchable
Elle qui désire tant toucher...
Mais elle ne se défendra jamais
Contre le beau
Déjà toute soumise en lui
Elle l'a tant et tant senti
Tant et tant souhaité, désiré,
Dès l'arrivée

Encore, encore, oui...
Insatiable elle se sent
Sachant qu'elle en redemandera
Suppliante et à genoux...



La médecine magique de mon vaste fleuve m'engourdit totalement. Puis, souvenirs doux ou noirs s'éclipsent, passé et présent se confondent, dispersés dans le brouillard... Y ai-je déjà  un seul instant pensé dans ma vie de ce passé, de mes souvenirs? Ne sont maintenant que résidus, presque imperceptibles. Lumière et noirceur font un grand ménage, le temps d'un éclair,  balayés à tout jamais par le vent, pour ne laisser place qu'à la source de vie, puissante et calme à la fois, si enveloppante.
Ainsi la voilà la source, pénétrant en mon corps, jusqu'à sentir circuler lentement ce sang dans mes veines. Je n'y peux plus, ce bonheur céleste... À me sentir comme une déesse, je peux tout, je vis tout, puissante, sereine et tout en amour, tellement en amour...

Le centre de détention est loin, tout comme le reste d'ailleurs. Impossible de penser, s'en serait d'une gêne, d'une telle indécence. En soi, cela semble un immense exploit de ne plus pouvoir penser, seulement vivre. Mais, en ces lieux s'y trouvent protection et magie blanche. Deux heures consécutives de méditation intensive n'aurait pu m'apporter autant de bien-être intérieur, c'est pas possible comme je me sens bien...

Au sommet de ma falaise surplombant le fleuve, plus rien ne m'atteint. Dans ma petite maisonnette bleue et blanche, l'immensité du fleuve et des montagnes à perte de vue me font sentir grande, gigantesque et densément vivante...

Les Éboulements, dans Charlevoix, espace de vie de mes arrières-grands-parents maternelles, lieu de naissance de ma grand-mère. Le sang de mes ancêtres coule à flot dans mes veines, en symbiose avec les champs vastes tout plein de vert, le vent candide du St-Laurent, l'église du village sonnant fidèlement l'angélus de midi et dix- huit heures, l'Isle-aux-Coudres d'où je peux observer battures et marées à chacune de ses extrémité puis, les montagnes à perte de vue.
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Ce matin, j'ai rencontré une gentille personne qui portait le même prénom que moi et gauchère en plus comme moi. Nous discutions en souriant de tant de beau:

"Lorsque je viens ici j'ai toujours l'impression que le temps s'est arrêté en 1940..."

Et elle de me répondre:

" J'ai aussi la même sensation mais moi c'est en 1925!"

 Je dors merveilleusement bien et ne peux espérer  et imaginer de plus agréables vacances, dans la paix , la simplicité et le vent du large...

Les Éboulements, juillet 2014