Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

mercredi 15 juillet 2015

Les adieux à Pat


La veille des adieux à Pat , Fafouin fait un rêve vraiment pas comme les autres...
Il me raconte....

" J'étais dans le désert avec des gens que je ne connaissais pas. Nous devions aller au salon funéraire qui se trouve quelque part plus loin dans le désert. Puis, le téléphone sonne. Je réponds:

-Oui?

- Allo c'est moi...

-Hein, c'est toi Pat???

-Oui. Je voulais juste te dire de ne pas t'inquiéter, je vais bien. Je te donne rendez-vous avec moi au bar dans le désert.

-Ok!

Arrivé au bar, Pat était là qui m'attendait d'un air si relaxe, décontracté. Alors, je m'assoie à côté de lui et il commence à me parler...

-Fafouin, surtout, ne t'inquiète pas pour moi. Je veux que tu saches que je vais vraiment bien, je suis parfaitement heureux et je ne suis pas mort pour vrai, je ne suis pas mort...

- Mais t'es donc bin cave d'avoir fait ça là Pat! Qu'est-ce qui t'a pris????

-Bin, commence pas à m'insulter là!

Puis je me suis réveillé... "

_______________

Samedi matin, 4 juillet, il fait si beau, et ce sera les adieux à Pat.


Je communique avec mon fils en messagerie privée.

-Comment te sens-tu ce matin?

-Nerveux... En plus, hier soir, j'étais au centre-ville et 8 gars m'ont sauté dessus et battu, sans raison...

Bon, du calme ma fille, ne vire pas ça trop tragique en mettant l'emphase sur ce qui est arrivé. Ne dis rien. Laisse-le réfléchir par lui-même. Puis, il m'envoie une photo... Il a un œil au beurre noir et une bonne fente sur la tête. Qu'attend-il de moi là? Il m'arrive de penser que ça doit le stimuler de me voir m'inquiéter. Alors je n'embarque pas dans le jeu.

-Bon... Je vais apporter du maquillage pour camoufler ça. Avant d'entrer dans le salon funéraire, viens avec moi dans la salle de bain. Je t'arrangerai çà...

- Merci mom...

Lorsque je suis entrée au salon, accompagnée du père de mon fils, Fafouin n'était pas encore arrivé. Il y avait peu de monde. Dans un coin était assis, seul, Toxon. Pour vous situer, il y avait le trio Pat, Fafouin et Yann . Toxon c'est le petit frère de Yann qui suivait toujours la troupe. Il a 17 ans et des yeux bleus comme la mer. Je me suis approchée de lui doucement. Lorsqu'il m'a vu, il m'a littéralement sauté dans les bras, en larmes. Il me serrait si fort... Alors, je le serrai tout aussi fort aussi, pris sa tête tout contre moi et l'embrassa tendrement.


Il arrive quelques fois
Que le temps s'arrête
Et qu'il se produise 
Des choses inattendues...


Un jeune homme vient nous dire
Dans un élan de tendresse 
Tout son désarroi, sa grande peine
Parce que
Son monde vient de s'écrouler
Et c'est dans mes bras
Qu'il vient le dire...


Est-ce possible que la mort
Rapproche les âmes
A tel point 
Qu'elles ne pourront jamais
Se dissocier, se quitter?



Rappelle-toi mon beau garçon

De toute cette belle tendresse
Sensibilité, émotivité
Pureté et spontanéité
Qui existe en toi
Et qui fait ta force
Sers-toi 
De toutes ces belles qualités
Pour te projeter
Dans ce qu'il y a de meilleur en toi
La vie t'attend....

Puis, je me suis dirigée vers Caroline, la maman de Pat. Silence, amour, compassion, tout nous rassemble, des souvenirs de jeunesse de nos enfants jusqu'à la mort du sien. Sur le petit hôtel se trouve la casquette, les petits soldats et des dessins de Pat. Ça pourrait être la casquette, les petites autos et les dessins de Fafouin. Bon sens...

Je ne peux pas te consoler
Quelle atrocité...
Je ne peux qu'être avec toi, en toi
Coeur contre coeur
Tu me permets?
D'entrer dans tes yeux
Jusque dans le fond de ton âme
Vers ton silence immense,
Trop, que trop...


Nous sommes descendus, son père et moi pour attendre Fafouin dehors. Il arriva avec Yann, tous deux vêtus de noir. D'autres amis se joignent à eux. Ils parlent de tout et de rien, si heureux de se retrouver. Puis, dans un élan tout discret, mon fils s'approche de moi et me murmure à l'oreille:

-Tu viens m'man?


C'était le moment pour lui, d'un pas décidé, comme le jour où il a marché pour la première fois...

Bon bien là 
C'est le temps ou jamais
Vas-y mon gars,  fonce!
Il le faut
Courage!


Comme il me surprendra toujours mon Fafouin. Tous ses amis étaient là et son père aussi mais, c'est en compagnie de sa mère qu'il voulait vivre cette première  grande épreuve; entrer dans un salon funéraire pour faire face à la moitié de lui-même, son grand ami...


-Viens, je vais te cacher ton oeil au beurre noir...

-Mais non m'man, c'est pas nécessaire...

Des photos de Pat défilaient, à tous les âges et, quelques-unes en compagnie de Fafouin et Yann aussi. Attendrissant, tellement... Et je me rappelais, en même temps que lui.

Nous sommes restés jusqu'à la toute fin. Quand arriva le moments des adieux, j'observai tendrement mon fils, assis, en larmes, tellement démoli. J'avais si mal dans mon coeur de mère, avec tout mon vécu me revenant en mémoire. Tellement irréel et si proche à la fois, moi qui avait perdu mon grand ami, le double de moi-même lorsque j'avais 21 ans.

Puis, Fafouin s'approcha de nous .

-Merci papa, maman d'avoir été là...

Et il fondit en larmes dans nos bras. On est restés tous les trois enlacés dans le plus grand des silences...


Quelle perte, quelle tristesse cette mort inutile. Mais, à la fois, ça en prend toujours un pour faire réfléchir les autres et les ramener  les deux pieds sur terre.  C'est Pat qui aura sacrifié sa vie pour les faire réfléchir et grandir. Fafouin est déjà en changement depuis qu'il est sorti de détention et je me plais à penser que Pat était déjà avec lui, puisqu'il était déjà parti, depuis le 20 octobre dernier... À présent, Fafouin réfléchi sur le sens de la vie, de sa vie. Excellent...


J'ai tant appris en cette journée du 4 juillet. Tous ces jeunes hommes qui font les fiers à bras se retrouvant dans la fragilité la plus totale, la tête enfoncée dans le creux de l'épaule de leur blonde, les yeux bouffis. Tous, sans exception, de jeunes coeurs si sensibles et vrais...

J'ai vu tellement de beauté à les observer que je ne peux m'empêcher d'imaginer que tous ces beaux jeunes hommes vont faire quelque chose de bien, de grand, de très grand...






7 commentaires:

Réjean Mélançon a dit…

Quel beau et émouvant témoignage !

Merci de l'avoir partagé avec nous !

Le factotum a dit…

"Jusque dans le fond de ton âme
Vers ton silence immense"
Très émouvant.
Bonne journée! xx

Une femme libre a dit…

Émotions, émotions et émotions!

Le tout mélangé à du gros bon sens et de la perspicacité! "Il m'arrive de penser que ça doit le stimuler de me voir m'inquiéter."

Et tu as la très bonne idée de ne poser aucune question pour en savoir plus long sur l'histoire qui a entraîné l'oeil au beurre noir. J'apprends beaucoup de toi. Merci.

Jackss a dit…

Le 4 juillet, c'était mon anniversaire de naissance

Tout ce que tu racontes illustre bien les grandeurs et les misères de notre monde, le besoin de se serrer les coudes, la force de l'amour et la petitesse du manque d'amour. Il y a aussi ces hasards qui mettent à l'épreuve notre fragilité, le caractère éphémère de notre vécu.

Vendredi soir, ma fille invite à souper son frère Jean-Philippe (Jipé pour les intimes). Le vin est bon. Par prudence, Jean-Philippe appelle un taxi. Ce dernier brûle un feu rouge. Il y a collision. Jean-Philippe est conduit en ambulance, avec une fracture au sternum. Il devait donner un spectacle samedi prochain et venir coucher à la maison. Sa respiration est pénible. Il devra oublier sa trompette pour un bon bout de temps. Il en joue tellement bien!

Vraiment, le cours des choses peut changer très vite. On le sait, mais on dirait qu'on préfère ne pas trop y penser. Mais au delà de tout ça, il y a un sentiment qui t'habite toujoujrs: garder foi en l'avenir et continuer d'avancer malgré tout.

Nanou La Terre a dit…

Réjean Mélancon,
Bienvenue dans mon univers! De belles leçons de vie et pour Fafouin et pour moi. J'en ai ap ris beaucoup cette journée-là.

le Factotum,
Mais c'était exactement ça, un silence, rempli de douleur... Je suis avec elle, même à distance. J'y serai toujours pour elle.

Femme Libre,
Émotion oui, mais surtout, surtout... Amour, tant d'amour dans ce bel adieu à Pat, un souvenir inoubliable et une belle petite leçon de vie. Et le reste bien, tu sais, connais mon cheminement. Le lâcher prise est un élément de la plus grande importance, si on veut cesser de souffrir et continuer à vivre. Cà fonctionne Femme Libre, et dans toutes les sphères de la vie! Vive la liberté. Tout part tellement de soi...

Cher Jackss,
Mais là, j'espère que ton fils va mieux, que sa vie n'est pas en danger. Dis-moi?
Le caractère éphémère de la vie... Et bien, raison de plus pour la vivre pleinement cette vie, écouter ses douceurs, nos pulsions intérieures et... Aimer. Surtout... Aimer...

claude a dit…

Ton récit est très émouvant.

Nanou La Terre a dit…

Chère Claude,
Fafouin a beaucoup grandi dans cette épreuve et j,ai aussi beaucoup appris xxx