Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

jeudi 14 août 2014

La Belle s'est endormie


Depuis mon arrivée samedi,  les couleurs de l'été me gâtent. Cette journée s'annonce particulièrement humide et chaude mais le vent au large s'est levé en grand fou, comme bouche de géant raflant tout sur son passage.

Je prépare soigneusement la chambre pour ma grande amie d'enfance, Bouda, avec qui je passe toujours au moins 2 ou 3 jours par année, en duo. 49 ans d'amitié, c'est comme, ouf, beaucoup, c'est pas rien ça. Nous avions 7 ans lorsqu'une des deux a décidé de rejoindre l'autre en traversant la rue. À partir de cet instant, nous ne nous sommes jamais quittées. Une amie comme celle-là c'est une jumelle invisible que l'on traîne toujours avec soi, une magicienne qui sait tout, a partagé tempêtes, bonheurs, deuils et joies. Bouda ce serait comme un long film préféré, toujours si agréable à regarder et qu'on connaît par cœur. Elle a connu mes parents dans la trentaine, mes grands-parents, j'ai aussi connu les siens.

Bouda et moi ça se vit comme un respect inconditionnel et une grande admiration mutuelle, encore aujourd'hui. Elle, c'est la magicienne du pinceau... L'inspiration à la dérive, je tentais désespérément de copier les dessins qu'elle faisait dans le cours de catéchèse. Pour elle, ça sortait toujours aisément, comme ça, sans penser. Peut-être bien qu'en imitant ses gestes gracieux et spontanés j'aurais pu y arriver. Alors, je l'imitais du coin de l'œil, discrètement... Mais au beau final, mon dessin était toujours un désastre  et le sien, une merveille... Dire l'influence que l'une exerçait toujours sur l'autre; elle avait commencé le piano lorsque j'ai débuté mais n'a pas poursuivi. Sans commentaires ici, elle saurait mieux que moi parler de son expérience. Chacune sa voie... Elle est artiste-peintre aujourd'hui, je suis musicienne.


Lorsque mon papa est décédé et que je la vis au loin près de l'entrée du salon, discrète et immobile parmi la foule, je ne voyais qu'elle, ma Bouda. On s'est regardé et sans rien dire, on savait tout ce que l'autre pensait et ressentait; de l'émotion à l'état pur, celle qui vous prend à grands respires d'amour, les yeux tout remplis d'eau.


Il y en a bien une qui va partir avant l'autre un jour et, ce sera la dévastation, autant pour elle que pour moi, je le sais.

C'est chez elle que je me réfugiais durant les psychoses de mon père. On a tant inventé et créé ensemble; des danses et des improvisations parlées, des fous rires à n'en plus finir. Ses parents, ce sont comme les miens, comme de seconds parents vieillissants que l’on souhaiterait donc protéger à tout  jamais. Je disais de sa mère qu'elle me faisait rire et de son père qu'il était beau. Et c'est vrai qu'il est beau son père, encore aujourd'hui. Et sa maman me fait rire avec ses chapeaux d'été...



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Sur la galerie de bois,  accompagnée de ce vent puissant, la chaise me berce, c'est formidable...

J'ai apporté mon CD de Jacques Labrecque, hésité longtemps avant de l'écouter de nouveau. C'était un cadeau de Yang et ça me rappelle de biens beaux instants. Allez, vas-y, tu ne pleureras pas, mets-le. Quelle joie..." La belle s'est endormie" me fait toujours autant vibrer et je me sens tout à fait bien et heureuse, même si je suis partie seule ici avec mes deux petits chiens, que nous avons décidé  d'un commun accord de ne plus vivre ensemble, parce que " La Belle s'est endormie" est un souvenir heureux qui nous appartient et jamais âme qui vive ne pourra  nous le dérober.
Je me suis même surprise à fredonner à pleins  poumons "À l'abri d'une olive". Alors voilà, acceptation. Et puis que dire de: "Vive la canadienne". Fafouin comprenait "Vive la canne à bière" Comme nous avions ri... De vibrants souvenirs ici, passés ensemble, Yang, Fafouin et moi. Un recueil de séquences d'amour et de tendresse enfouis profondément dans le cœur...

Ici, bénie des dieux, je me sens protégée, imperméable à tout. Et puis, ces vacances, ce sont les miennes, alors j'ose m'approprier généreusement les lieux, me fondant dans la maisonnette qui ne fait qu'un avec moi, une grande alliée. C'est comme un petit miracle inattendu.

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Je la surveille, fébrile et impatiente, je compte maintenant les minutes. Elle arrivera bientôt Bouda et nous nous élancerons dans les bras l'une de l'autre et nous danserons en disant "youpi, youpi!" avec nos cœurs d'enfant. Nous sommes encore des petites filles.

Bouda s'en vient, elle s'en vient! Et alors ce sera un autre grand bonheur...

Les Éboulements, juillet 2014

12 commentaires:

NanouB a dit…

quelle merveilleuse amitié dont tu parles si bien et dont tu m'as déjà parlé! on sent tant de tendresse issues de tant d'années partagées...
tristesse pour la séparation que tu évoques et que je connais aussi...Ne garder que le meilleur, sans aucun déchirement ...

Je t'embrasse fort et suis heureuse de ta sérénité
Bisous mon amie

Audrey a dit…

profite bien de cette visite surtout !

Le factotum a dit…

C'est vrai que l'amitié demeure éternel.

Roger Gauthier a dit…

Magnifiquement écrit. Très touchant surtout. Il est impossible d'avoir beaucoup d'amis ou d'amies de ce genre. C'est toujours beaucoup moins que les doigts d'une seule main.

Une seule amitié comme celle-là, c'est déjà beaucoup.

Zoreilles a dit…

Ah l'amitié, comme tu en parles, avec tant de profondeur et de vérité, c'est quasiment aussi beau que l'amour...

Et parlant d'amour, j'apprends dans ton texte, à travers le bonheur de l'amitié, que tu n'es plus avec ton Yang. Tu as l'air sereine. C'est tout ce qui compte pour moi de te savoir sereine dans cette nouvelle étape de vie, heureuse et bien entourée d'amour, d'affection et d'amitié si sincère et si profonde.

claude a dit…

Quelle belle amitié !
Il y a amie et amie ; moi je n'en ai que deux, une française et une américaine, et ce depuis plus de 50 ans.
Vive l'amitié, la vraie !
Bises

Nanou La Terre a dit…

Nanoubis,
oui, et nous sommes chanceuses de nous avoir mutuellement... Pour le reste, que le meilleur, sans déchirement, ne crains rien!
Sereine je resterai xxx

Audrey,
la visite est déjà terminée, merci quand-même!

Le factotum,
c,est une continuité dans l'au-delà j crois...

Roger Gauthier,
bonjour, ta visite me fait plaisir, il y a longtemps que je ne t'ai vu. Merci pour le reste. C"est une âme-soeur fille cette Bouda!

Zoreille,
mais c'est aussi beau que l'amour parce que c'est aussi de l'amour!
Pour le reste, c'est gentil, merci de te soucier, j'y arrive à le trouver ce bonheur envers et contre tout.

Claude,
une amie américaine? Tu veux dire quoi? Canadienne, États-Unienne ou du Québec?

Bouda a dit…

Je suis émue là, très émue. Chacun de tes mots résonne en moi comme un écho, comme un papier calque d'émotion, comme un ballet de souvenirs synchronisés. Il y a une vérité, un naturel et une évidence inconditionnelle dans notre amitié qui sont inséparables de nos vies elles-mêmes. Comme toujours, j'ai eu un plaisir immense à te retrouver pour notre séjour estival. C'est un peu notre façon de continuer à tricoter quelques rangs de plus à notre long foulard d'amitié si réconfortante. Merci pour ce si beau billet. Je t'embrasse bien fort.

Nanou La Terre a dit…

Bouda,
je t'aime tant... Ça vient du coeur, vraiment et cette amitié est pas mal...
Dure à battre...ouin...ouin... Pas mal dure à battre!
D'accord pour les rangs du tricot. Mais le foulard est rendu pas mal long non? Combien de kilomètres ça fait là?
Ma tendre, ma douce, ma fidèle, mon unique, je 'embrasse avec tout le fil des balles qui restent à tricoter... Bizous xxx

Bouda a dit…

Ma chère Nanou La Terre,
Ça fait des kilomètres de foulard douillet pour réunir nos maisons éloignées et garder au chaud notre amitié! Grrrosses bises!

Nanou La Terre a dit…

Bouda,
oui oui mon amie! xxx

Solange a dit…

C'est précieux une telle amitié, je n'ai pas connu ça. Ton texte est très intéressant à lire.