Croire que les choses se produisent trop lentement ou trop vite est illusoire. Le synchronisme est parfait. Chaque chose arrive toujours en son temps... Rien ne nous arrive qui n'ait d'abord été senti et pensé. Pour créer le futur, il faut y croire sans réserve. Auteur inconnu

vendredi 8 mars 2013

La réalité de Fafouin



Bien sûr que j'appréhendais de voir cette émission parce que je savais bien ce qui se passait "en dedans." Mon fils m'en a tant parlé, de long en large, en détail... Je pense que ça lui faisait du bien de se livrer, de se dire, de nommer sa réalité. Par chance, il avait l'opportunité de le faire... Et moi je pense que c'était plus qu' important d'y être mais surtout d'écouter sans juger, simplement en posant ma main contre la vitre. Je ne sais pas trop comment je fais, je ne peux pas le serrer contre moi, depuis maintenant 10 mois.

Chaque semaine, j'affronte le monstre Bordeaux, celui qu'on voit dans le reportage. Pas besoin d'être un AS pour comprendre ce qui se passe à l'intérieur de ces murs. Il suffit simplement de s'y rendre en tant que visiteur d'un détenu pour constater à quel point la situation est désastreuse.

En franchissant les immenses portes de fer vertes, je me dirige vers la petite pièce à gauche et prends vite un numéro, Puis, j'attends debout en me fondant aux autres, entassés comme des sardines. Tiens, la dernière fois, je ne sais pas trop pourquoi, les gardiens ont laissé les portes extérieures ouvertes, on gelait, littéralement. Deux minuscules bancs au fond de la pièce près des machines à "chips", la voici la place qu'on nous fait. Des mamans avec de jeunes enfants en poussette, souvent, des petits bébés naissants, attendent elles aussi debout, comme tout le monde... Celle-là sont définitivement plus fragiles que moi. Je leur tire ma révérence.

Ça m'est arrivé à plus d'une reprise de rebrousser chemin, simplement parce qu'il y a trop de monde, que l'attente est trop longue et qu'au bout d'une heure, le temps des visites est terminé. Tiens "vlan", tout le monde dehors, sans droit de parole. Est-ce qu'on peut s'imaginer simplement la déception du détenu, seul et fébrile à l'attente de recevoir l'unique visite permise de la semaine?

Je me suis adaptée. J'ai compris qu'il valait mieux arriver beaucoup plus tôt, prendre un numéro et joindre l'utile à l'agréable en m'apportant une revue réconfortante. J'y plonge mon regard et lis, ça me fait oublier ce que je vois autour de moi. On m'appelle, numéro untel...Yé! Vite, je  donne mon permis de conduire, me débarrasse de mon sac à main que je dois déposer dans un petit casier cadenassé. Je suis libre quoi! Non, pas tout à fait. Je dois montrer ma petite carte avec permission  de visite avant qu'on ouvre les grands barreaux de fer noirs extérieurs. Comme si ce n'était pas assez, dans la cour intérieure je vois toutes ces fenêtres et barreaux où logent les détenus avant de franchir la porte menant aux parloirs. L'immense crucifix à ma gauche me rassure, en même temps me rappelle la souffrance intérieure de tous ces détenus dont mon fils fait partie.

Encore des barreaux à franchir, jusque-là les gens sont souriants, gentils. Ensuite, silence, tout redevient sérieux, trop. Mon regard se pose sur les gardiennes avant qu'elles n'ouvrent la porte, sourires en moins. Le font-elles exprès pour nous faire attendre? Biiiip!!!  ET PUIS QUOI ENCORE??? Est-ce qu'on s'imagine qu'avec toutes ces restrictions et malgré la vitre qui nous déchire, nous séparant de nos proches, on peut encore avoir l'idée de passer de la DROGUE???? Et de quelle façon, voulez-vous bien me dire??? Désolée mais, de toute évidence, ceux qui passent la drogue doivent nécessairement la lancer par dessus le grillage à l'extérieur ou, bien travaillent à Bordeaux. Bien voilà je l'ai dit, faut que ça sorte. Certains visiteurs excédés, j'en ai été témoin, ont osé le dire aux gardiens et se sont fait menacer d'expulsion s'ils continuaient de s'ouvrir la trappe. Sans commentaires. Nous somment lâchés dans l'arène devant une meute de loups...

Les parloirs de Bordeaux, ouf... Un brouahah de sons, mélange de pleurs d'enfants,  de bébés, de  conversations frères, soeurs, mères, amplifié par ce plafond cathédrale , la chaleur et ce manque d'intimité. Des parloirs désuets dans lesquels les visiteurs doivent se contorsionner  à genoux sur leur chaises  dans le but de défier une table de métal extra-large afin de pouvoir  entendre la conversation de son proche.

Voilà. Bien malgré tout, je peux vous confirmer que mon Fafouin me quitte toujours avec le plus beau des sourires, confiant en l'avenir, stimulé et heureux. Pourquoi? Parce que  même l'endroit le plus minable, la situation la plus pitoyable n'a jamais eu la moindre emprise sur l'amour véritable.


13 commentaires:

claude a dit…

Bonjour Nanou
S'il y avait un brin d'humanité dans les prisons, ça se saurait. J'espère que quand Fafouin en sortira il fera en sorte de ne pas y retourner. C'est un endroit à éviter, la vie est tellement belle dehors. Dis le lui bien.
Bises

Roger Gauthier a dit…

OMG. Bordeaux, l'enfer des prisons au Québec. Le montre qui fait peur même vu du boulevard Gouin.

J'ai un ami qui vient de sortir de Bordeaux. Je t'en reparlerai.

Une femme libre a dit…


Tu as une résilience et un pouvoir d'adaptation assez extraordinaires, Nanou. Ce sont là de grandes forces. Je t'admire!

Solange a dit…

Juste de passer devant donne le frisson. J'ai un frère qui y est allé pour des tickets impayés, pas drôle! Tu as bien du courage.

Nanou La Terre a dit…

Claude,
il y a quand-même des gens qui font du bon travail mais ceux-là, on ne les voit jamais. Une femme orienteur a fait un travail remarquable avec Fafouin au niveau de son CV lorsqu'il était à Rivière-des-Prairies. Certaines personnes laissent leur marque dans le coeur des détenus, entre autre les aumôniers dont un en particulier qui a fait un travail remarquable à Bordeaux près de 40 ans et dont je ne me rappelle plus le nom exact.
Évidemment que la vie est tellement belle à l'extérieur! Bien sûr que je le travaille en ce sens mais il n'y a que lui qui pourra prendre une décision en sortant.

Roger Gauthier,

bienvenu à vous dans mon univers! Dire que lorsque mon fils était jeune, nous faisions de belles ballades à 3 avec mon conjoint, en vélo et passions régulièrement devant Bordeaux...
Bien sûr vous me raconterez, j'aime toujours entendre les expériences des autres....
Au plaisir de vous revoir ici!

Une Femme Libre,
dans les faits, c'est un choix à faire tu sais: s'adapter, choisir d'être heureuse malgré tout ou sombrer dans la peine et la noirceur. Pour moi, le choix n'est pas bien difficile à faire. J'aime trop la vie! Puis, c'est important que Fafouin le voit aussi...

Solange,
et bien, je vois que je ne suis pas la seule à avoir un proche qui est allée faire un petit tour là-bas!C'est certain qu'on s'en vente pas trop mais en même temps, je crois qu'il est essentiel d'en parler. Solange, si tu étais aussi dans la même situation, crois-moi, tu le trouverais aussi le courage. Le coeur d'une maman est bien grand.

Nanou La Terre a dit…


À tous,
je pars à l'instant pour ma visite à Bordeaux.Les monstres, on peut les braver et les vaincre. C'est la même chose pour Bordeaux! Bizous à vous tous xxx

Julie Deblois a dit…

Toute la fin de semaine je t'ai imaginé avec tes revues l'attendant...
J'espère qu'aujourd'hui il n'y aura pas trop de monde.
J'espère qu'aujourd'hui encore il partira vers son lit le sourire aux lèvres.
Comme il a de la chance d'être aimé et d'avoir une mère si forte!
Tu es un vrai modèle d'amour.
Prends soin de toi et de vous!

claude a dit…

Bonne visite, Nanou !

cryzal a dit…

es-ce qu'il le sait Fafouin que tu as un blog et que tu nous parles de lui de toi de votre vie ?....

dis lui que je l'aime tellement au travers de tes écrits
je ne sais pas si cela se dit je ne fais qu'écrire ce que je ressens lorsque je te lis xx xx xx

Gwendoline a dit…

C'est terrible de lire tes mots! et en même temps on y trouve l'espoir, cet amour que Fafouin a la chance de recevoir de ta part et aussi ces gens qui oeuvrent dans l'ombre...Souhaitons qu'il soit assez fort pour supporter sans trop de dégâts ces moments difficiles!bon courage!

Le factotum a dit…

Tu démontres bien l'amour d'une mère envers son fils.
Il n'y a rien de plus fort pour un fils qui n'attend rien de plus.
En montrant cette attitude envers ses gardiens, cela lui donne la force nécessaire pour passer au-travers.
Je suis tellement fier de toi, Nanou!

claude a dit…

Bonjour Nanou

Je crois que je ne vais pas pouvoir faire Melle Kiki, la grenouille de la Maison de Toutou, je ne trouve pas de modèle qui me convienne.

Nanou La Terre a dit…

Julie,
si tu savais à quel point je me suis adaptée. Lorsque je pars pour Bordeaux, je me dis que je m'en vais me faire plaisir et c'est vraiment ce que je fais!
Il y a toujours trop de monde mais je me fais plaisir avec ma revue sur le bien-être, le reste m'importe peu.
Fafouin n'est pas toujours confiné à sa cellule, sinon, ce serait impossible à vivre. Par contre il y a très peu de stimulation extérieure. À l'intérieur des murs on n'a pas appris à écouter l'âme des gens. C'est dommage...En 2013, peut-on croire...
Julie, l'amour maternelle étant ce qu'il est pour la majorité des femmes... Il faut cependant doser avec les enfants que nous avons: prendre soin de nous c'est le premier choix.

Claude,
ce fut une belle visite xxx Une autre a suivi depuis mon dernier post xxx

Cryzal,
oui, Fafouin sait que j'ai un blogue, que je parle de lui. Il sait aussi que pour le moment ce blogue ne lui ai pas accessible. Pourquoi? Parce qu'il ne serait pas d,accord pour le moment avec certains de mes propos. Je veux être libre d'écrire ce que je veux.

Je ne manquerai pas de lui faire ton message lors de son prochain appel téléphonique mais encore mieux en personne ... Promesse de Nanou xxx

Gwendoline,
je pense qu'il est très fort, assez fort à l'intérieur des murs. Ce qui m'inquiète le plus c'est à l'extérieur des murs. Fafouin a un grand faible pour l'alcool et les drogues.

Le Factotum,
rien de plus fort en effet. Mais voyons donc toi, t'es fier de quoi au juste? Ne ferais-tu pas la même chose pour ton enfant, ton fils, ta fille?
Je garde le sourire car c'est ce que je suis. Curieusement, il me semble que les choses changent, il y a plus de sourires... Adaptation, prendre les choses avec du recul, comme dans un film, c'est moins lourd à porter et c'est ce que je veux faire passer à mon garçon xxx

Claude,
bien voyons, c'est pas grave. Simplement le fait que tu t'y sois attardée me touche beaucoup. Moi, je disais ça sans intentions! xxx